Qui écrit, quand la machine tient la plume ?

16 août 2026

<strong>Qui écrit, quand la machine tient la plume ?</strong>

Il semble que tout ait déjà été dit sur l’IA. Pourtant, nous sommes encore loin d’avoir intégré tous les possibles, et de surcroît, toutes les nouvelles possibilités qui s’y ajoutent chaque jour. Tout d’abord, qui peut se targuer d’avoir des connaissances approfondies de l’utilisation de l’IA ? Je pense qu’à ce jour, très peu de personnes le peuvent. Même avec de bonnes bases, il y aura certainement des limitations liées à la spécialité et aux besoins propres à chaque utilisateur dans son travail, plutôt qu’un savoir global. Afin de pouvoir être à l’aise avec l’utilisation de l’IA, il vaut tout de même mieux suivre une formation permettant de faire un tour d’horizon des possibilités. Cela ne donnera pas immédiatement l’expertise nécessaire, mais constitue un premier chemin d’information sur ce qu’est l’IA globalement, sur les différentes plateformes à disposition et sur leurs possibilités respectives.

Dans un premier temps, c’est l’émerveillement : c’est magique. Tout ce qui prenait des heures à réaliser, présentations, fichiers Excel, se fait désormais en un tour de main, de même que dix mille autres tâches, sans que cela ne pose de problème.

Pour ce qui est de l’écriture, en revanche, cela semble être une tout autre affaire. Ce qui m’a interpellée, c’est de comprendre pourquoi on érige tant de barrières autour de l’écrit, alors que pour les autres tâches, personne n’y voit d’inconvénient. On pourrait objecter que la comparaison n’est pas tout à fait juste : un correcteur orthographique ne fait que vérifier une forme déjà produite par une pensée humaine, alors qu’une IA qui rédige un texte en génère la substance même. Mais c’est peut-être là que se niche la vraie question : où se situe, dans l’écriture, la part qui nous appartient vraiment ? Si le sujet, l’angle, l’intention et le jugement sur ce qui mérite d’être dit restent entièrement les nôtres, et que seule la formulation est déléguée, alors la frontière avec le correcteur orthographique est peut-être moins nette qu’elle n’y paraît, une question de degré plus qu’une différence de nature. Il va sans dire que le texte devra être relu, et des modifications apportées s’il ne correspond pas totalement à l’idée que l’auteur voulait transmettre. Une fois le texte terminé, il faudra bien entendu le relire dans son ensemble et voir si d’autres corrections doivent y être apportées, mais n’est-ce pas déjà le cas aujourd’hui, que ce soit pour la publication d’un article ou d’un livre ? Nous sommes au début d’une nouvelle ère, et il y a bien des choses que nous ne maîtrisons pas encore. Ne pensez-vous pas que, comme à chaque grand changement, il faudra un temps d’adaptation, et qu’avec le temps, d’autres barrières finiront par tomber ?

Dans le futur, la formulation même des écrits se fera peut-être, petit à petit, de plus en plus par la machine, mais la maîtrise, elle, restera toujours du côté de l’écrivain : c’est lui qui choisira le sujet, l’angle, et qui validera ou refusera ce que la machine lui propose. Ce n’est donc pas tant l’écrivain qui disparaît, que le geste physique de l’écriture qui change de main. Cela prendra certainement un peu de temps, mais il y aura sans doute des changements inéluctables. Peut-être aurons-nous une littérature globalement moins littéraire, moins personnalisée dans sa forme brute, mais je pense que les informations données à la machine seront précisément l’outil qui lui permettra de moduler le texte demandé selon un style bien précis, pouvant être associé à une personne donnée. Reste que les écrivains et les poètes, eux, continueront très certainement d’exister pour les textes d’exception, ceux où la voix, l’expérience singulière et le style irremplaçable d’un être humain ne pourront jamais être délégués sans perdre l’essentiel de ce qu’ils portent.

Est-ce que je me trompe quant à l’avenir de l’écrit ? C’est possible. Mais jusqu’ici, à chaque nouvelle invention, nous avons posé des limites qui, à l’usage, ont fini par tomber. Pourquoi en irait-il autrement aujourd’hui ? Reste une question qui dépasse l’outil lui-même : ce que nous choisirons d’en faire dépendra moins de la machine que de nous. Pourquoi ne pas croire en un avenir où le cerveau humain apprendra à voir la machine comme un atout, et à la développer comme un outil au service d’un futur meilleur ? Le temps n’est-il pas venu, pour l’humain, de se transformer de l’intérieur, en transmettant à la machine ce qui lui donnera, à lui, le temps de grandir ?

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