Perspectives de l’or à l’horizon T1 2027 : Un parcours volatil vers un nouveau point d’équilibre

13 mai 2026

<strong>Perspectives de l’or à l’horizon T1 2027 : Un parcours volatil vers un nouveau point d’équilibre</strong>

Par Nitesh Shah, Head of Commodities and Macroeconomic Research, WisdomTree

En janvier 2026, l’or a enregistré sa plus forte progression mensuelle depuis septembre 1999, avant de connaître en mars 2026 son repli mensuel le plus marqué depuis juin 2013. Le premier trimestre 2026 a donc été exceptionnellement mouvementé pour le métal.

Nous estimons que l’or est en train de converger vers un nouveau régime d’équilibre, plus élevé, porté par un élargissement de sa base d’investisseurs. Les compagnies d’assurance chinoises, les fonds de pension indiens et les émetteurs d’actifs numériques tels que Tether constituent des sources de demande relativement nouvelles. Parallèlement, les flux vers les ETF adossés à l’or en Chine comme en Inde ont fortement progressé au cours de l’année écoulée.

La mise en place de ce nouvel équilibre devrait rester marquée par une forte volatilité. Toutefois, cela suggère également que les cours de l’or pourraient, in fine, se stabiliser à un niveau plus élevé. Pour les investisseurs de long terme, ces phases de volatilité peuvent donc représenter des opportunités plutôt que des risques.

Dans ce contexte, modéliser l’évolution du cours de l’or s’avère particulièrement complexe. Nous considérons donc les prévisions issues de notre cadre traditionnel comme un scénario de référence, avec un potentiel haussier lié aux évolutions structurelles de la demande, dans un environnement de volatilité accrue.

La volatilité de l’or met le cadre de modélisation à l’épreuve

Lorsque nous avons rédigé nos Perspectives de l’or à l’horizon T4 2026 en janvier 2026, nous avons utilisé notre modèle propriétaire WisdomTree sur l’or avec une certaine prudence. Comme nous l’avions indiqué à l’époque, nous craignions que l’or ne quitte son précédent régime d’équilibre, sous l’effet de nouvelles forces structurelles susceptibles de l’amener vers un niveau plus élevé. Un modèle calibré sur la période 1995‑2023, une phase relativement stable pour l’or, peut ne jamais avoir été confronté à une rupture d’une telle ampleur.

Toutefois, en l’absence d’un cadre alternatif éprouvé, nous avons choisi de conserver notre modèle plutôt que d’introduire précipitamment des ajustements susceptibles de refléter des dynamiques transitoires ou des récits de marché de court terme[1].

Un début d’année 2026 sans précédent

Nous étions loin d’imaginer que, peu après l’envoi du projet de publication pour le T4 2026, l’or entrerait dans l’un des épisodes les plus volatils de son histoire récente. Rien qu’en janvier 2026, l’or a progressé de plus de 1 000 USD l’once en séance, atteignant un record historique de près de 5 600 USD/oz le 30 janvier 2026. Ce mouvement s’est rapidement inversé, les cours reculant jusqu’à un plus bas intraday de 4 402 USD/oz au 2 février 2026. En pratique, les gains accumulés en janvier ont été effacés en quelques jours.

Au 23 mars, l’or avait encore reculé pour s’établir autour de 4 100 USD/oz, affichant une performance négative depuis le début de l’année. Pourtant, en l’espace d’une semaine, les cours ont rebondi au‑dessus de 4 600 USD/oz, illustrant une nouvelle fois la capacité de l’or à se redresser rapidement. Nous avons rarement observé une volatilité aussi marquée sur le marché de l’or qu’au T1 2026.

Repenser le rôle des modèles

Ce qui se passe actuellement sur les marchés de l’or remet en question la pertinence d’une approche de prévision reposant exclusivement sur des modèles. Nous testons activement des améliorations visant à intégrer des éléments plus sophistiqués. Toutefois, nous ne disposons pas encore d’un cadre dans lequel nous avons suffisamment confiance pour le déployer. En effet, de nombreuses approches peinent à saisir correctement le comportement récent de l’or.

Nos travaux sur de nouvelles techniques de modélisation se poursuivent et fournissent des résultats prometteurs. Dans l’intervalle, nous continuerons à utiliser le modèle existant pour obtenir des indications directionnelles. Toutefois, un point essentiel est que nous ne nous appuierons plus sur celui‑ci pour établir des prévisions de court terme (trimestrielles). Notre expérience du T1 2026 montre que ce niveau de précision est probablement illusoire. Nous privilégierons désormais un horizon d’un an.

Chocs géopolitiques et réactions de marché amplifiées

L’un des principaux moteurs de la forte volatilité de l’or au T1 2026 a été la succession de chocs géopolitiques rapprochés. Ceux‑ci incluaient le changement de régime au Venezuela début janvier, la reprise des discussions autour d’une éventuelle acquisition du Groenland par les États‑Unis et la poursuite des pressions politiques sur l’indépendance de la Réserve fédérale (Fed).

Ces événements auraient dû, en principe, soutenir l’or, ce qui a été le cas, mais l’ampleur du mouvement initial semble avoir été excessive. Comme indiqué dans nos précédentes perspectives, la base d’acheteurs d’or s’est considérablement élargie ces dernières années, ce qui peut amplifier les réactions initiales des prix. Nombre de ces « agents d’amplification » se trouvent de plus en plus en Chine et en Inde, où la demande d’or a été particulièrement soutenue.

Une correction nécessaire ?

Parallèlement, plusieurs forces compensatrices sont apparues. La nomination de Kevin Warsh comme candidat à la présidence de la Fed a atténué les craintes d’un renforcement de l’influence politique sur la politique monétaire. Les dynamiques saisonnières ont également pu jouer un rôle, la demande asiatique s’étant modérée après des achats soutenus avant le Nouvel An lunaire. En outre, les achats des banques centrales ont probablement ralenti à mesure que les cours devenaient de plus en plus tendus.

Avec le recul, la correction de février apparaît à la fois inévitable et, sans doute, nécessaire après la forte hausse enregistrée en janvier.

Lorsque la géopolitique ne soutient pas immédiatement l’or

Un événement géopolitique qui, selon nous, aurait dû avoir un impact positif plus durable sur l’or a été le déclenchement du conflit États‑Unis/Israël–Iran en février 2026. Toutefois, cela s’est produit à un moment où l’or était déjà engagé dans une phase de correction.

Par ailleurs, les chocs géopolitiques ne se traduisent pas toujours par une hausse immédiate des cours de l’or.

Ventes sous contrainte et schéma « baisse puis rebond »

Il est important de reconnaître que l’or réagit souvent par une baisse initiale aux chocs géopolitiques avant de remonter par la suite. Ce schéma a été observé lors de nombreux épisodes historiques, notamment les attentats du 11 septembre, l’éclatement de la bulle Internet, le krach de 1987 et la guerre Russie–Ukraine (voir graphique ci‑dessous).

Les mécanismes sont relativement constants. Un choc géopolitique tend à provoquer de fortes baisses des actifs risqués tels que les actions. Cela génère à son tour des appels de marge, obligeant les investisseurs à lever rapidement des liquidités. L’or, en tant qu’actif très liquide et proche du numéraire, est souvent vendu pour répondre à ces obligations. Cela crée une pression baissière temporaire sur les prix. Il convient de noter que l’amplitude et la durée du repli, ainsi que du rebond qui suit, varient à chaque épisode et dépendent clairement des autres facteurs influençant l’or au même moment.

Dans l’épisode actuel, une pression vendeuse supplémentaire a également pu provenir des ménages des régions touchées, notamment au Moyen‑Orient, où de l’or a été liquidé pour financer des dépenses urgentes telles que des déplacements ou des relocalisations.

Il est essentiel de ne pas interpréter ce type de ventes comme une perte de confiance dans l’or. Cela reflète plutôt le rôle de l’or en tant que source de liquidité en période de tension. Historiquement, une fois ces dynamiques de ventes forcées dissipées, les cours de l’or ont tendance à se redresser et à progresser, le risque géopolitique sous‑jacent redevenant le principal moteur.

Figure 1 : Performance de l’or après des événements géopolitiques

Source : Bloomberg Finance L.P, WisdomTree, 1974‑2026. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Un point d’inflexion émergent

Fin mars 2026, nous estimons qu’un point d’inflexion a été atteint, l’or ayant recommencé à évoluer à la hausse. Fait notable, ce rebond est intervenu malgré plusieurs vents contraires traditionnels : un dollar américain (USD) plus fort, des rendements obligataires élevés et un recul des anticipations de baisse des taux par la Fed, parallèlement aux hausses de taux de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque d’Angleterre (BoE).

Si l’or parvient à progresser malgré ces vents contraires, cela suggère l’existence d’un puissant moteur sous‑jacent, très probablement un niveau élevé de risque géopolitique.

Une rupture dans les indicateurs traditionnels de sentiment

Une fois encore, ces évolutions mettent notre cadre de modélisation à l’épreuve. Traditionnellement, nous utilisons les positions spéculatives nettes sur les contrats à terme (futures) sur l’or du COMEX comme indicateur du sentiment des investisseurs. Historiquement, les préoccupations géopolitiques ont influencé le sentiment des investisseurs envers l’or et ont donc soutenu la hausse des positions spéculatives nettes sur les contrats à terme sur l’or. Toutefois, les positions nettes se sont révélées faibles et inférieures à la moyenne ces derniers mois, ne reflétant manifestement pas les préoccupations géopolitiques actuelles. Cela appelle une mesure plus large des risques géopolitiques et du sentiment associé. Mais trouver la mesure adéquate s’est avéré difficile jusqu’à présent.

Figure 2 : Positions spéculatives nettes sur les contrats à terme sur l’or

Source : Bloomberg Finance L.P, WisdomTree, janvier 2009 – avril 2026. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

Nous avons étudié l’intégration d’un indice de risque géopolitique dans nos modèles[2]. Toutefois, en tant que variable non stationnaire, il est difficile de la justifier statistiquement. La traiter comme un choc exogène peut améliorer l’ajustement du modèle (mesuré par la racine de l’erreur quadratique moyenne), mais son utilité pratique reste limitée compte tenu de l’imprévisibilité des événements géopolitiques.

Limites des données existantes et nécessité d’adaptation

En outre, les positions spéculatives nettes sont issues des données du Chicago Mercantile Exchange Commodity Exchange (CME COMEX), qui peuvent être excessivement centrées sur les États‑Unis. Élargir le cadre pour inclure la Shanghai Futures Exchange (SHFE), les marchés de gré à gré (OTC) et les flux des ETP pourrait offrir une vision plus complète. Toutefois, cela réduirait la profondeur historique des données disponibles, limitant notre capacité à modéliser sur plusieurs cycles économiques.

Pour l’instant, nous conservons le modèle existant, tout en appliquant des ajustements fondés sur le jugement aux hypothèses de positionnement spéculatif afin de mieux refléter la situation mondiale.

Risque géopolitique : D’un catalyseur à un soutien structurel

Si le conflit en Iran est passé d’une source de liquidations d’or à un moteur de la prime de risque géopolitique, la question centrale devient : quand ce risque se dissipera‑t‑il ?

À ce stade, la réponse demeure très incertaine. Les prolongations répétées des échéances et l’évolution des lignes rouges suggèrent que, si une escalade majeure a été évitée, une désescalade significative ne s’est pas matérialisée non plus.

Comme il s’agit d’une année d’élections de mi‑mandat aux États‑Unis, certains observateurs estiment qu’il pourrait exister un intérêt pour le président Trump à rechercher une issue permettant de revendiquer un succès. Toutefois, un tel scénario pourrait laisser des tensions structurelles non résolues, notamment autour du détroit d’Ormuz, entraînant un niveau durablement élevé de risque géopolitique.

Cela implique, selon nous, que le risque géopolitique devrait rester un facteur de soutien pour l’or au cours de l’année à venir.

L’indépendance des banques centrales reste au centre de l’attention

Plusieurs sources d’incertitude devraient, selon nous, continuer de soutenir les cours de l’or.

Dans nos précédentes perspectives, nous avions souligné les inquiétudes concernant l’indépendance des banques centrales. La principale préoccupation portait sur les nombreuses critiques adressées par le président Trump à la Fed et sur les craintes qu’il ne nomme une équipe de gouverneurs partiaux (comme Stephen Miran, qui a rejoint le Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale en septembre 2025).

Une mise à jour s’impose.

La nomination de Kevin Warsh fin janvier 2026 a réduit les inquiétudes concernant une éventuelle ingérence politique dans la politique de la Réserve fédérale. La récente annonce selon laquelle le ministère de la Justice met fin à son enquête pénale sur l’actuel président de la Fed, Powell, place désormais la nomination de Warsh sur une trajectoire de confirmation plus claire. En effet, le sénateur Thom Tillis a indiqué qu’il ne « bloquera » plus le processus de nomination et qu’il soutiendra Warsh pour le poste de président de la Fed.

Sauf circonstances imprévues, il semble que Kevin Warsh sera très probablement président de la Fed lorsque le Federal Open Market Committee (FOMC) se réunira à nouveau le 17 juin. Toutefois, une certaine incertitude demeure quant à savoir si Powell restera gouverneur de la Fed à l’avenir, et si le président Trump aura une nouvelle occasion de nommer un autre gouverneur. Nous pensons que l’or continuera d’être soutenu en période d’incertitude.

Incertitudes juridiques autour de la gouvernance de la Réserve fédérale

Parallèlement, les procédures judiciaires se poursuivent. Les juridictions inférieures ont bloqué les tentatives de destitution de la gouverneure de la Réserve fédérale, Lisa Cook, mais la Cour suprême des États‑Unis n’a pas encore rendu sa décision finale. Les plaidoiries ont été entendues en janvier 2026 et une décision est attendue d’ici la mi‑année.

Pressions budgétaires et signaux du marché obligataire

Les dynamiques budgétaires demeurent également une source d’inquiétude. À la suite de la décision de la Cour suprême du 20 février 2026 interdisant l’utilisation de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour imposer des droits de douane, les recettes tarifaires devraient être inférieures aux attentes. Combinées aux baisses d’impôts, à l’augmentation des dépenses publiques et à la hausse des dépenses militaires, ces évolutions indiquent un creusement du déficit américain.

Les récentes adjudications du Trésor américain ont montré une demande plus faible fin mars, mais début avril, la demande est réapparue à des niveaux de rendement plus élevés. Compte tenu du contexte incertain, il est possible que les investisseurs exigent des concessions pour absorber une offre élevée. Cela continue d’indiquer un environnement caractérisé par une prime de terme plus élevée, et nous n’anticipons pas de perte désordonnée de la demande. Dans un tel contexte, l’or pourrait rester bien soutenu compte tenu de son offre limitée. La relation historiquement inverse entre l’or et les rendements obligataires pourrait ainsi continuer de s’atténuer, comme observé ces dernières années.

Demande non traditionnelle : Le rôle des émetteurs d’actifs numériques

Tether, que nous avions identifié comme un acheteur important d’or, n’a pas encore publié son rapport d’attestation pour le T1 2026. Toutefois, son rapport du T4 2025 confirme une tendance marquée à l’accumulation. Nous estimons que Tether a acheté entre 60 et 70 tonnes d’or en 2025, ce qui le place parmi les plus grands acheteurs du secteur officiel, aux côtés du Kazakhstan, du State Oil Fund of the Republic of Azerbaijan (SOFAZ), du Brésil et de la Turquie.

Il est important de noter que les données de l’International Financial Statistics (IFS) sont connues pour sous‑estimer l’activité des banques centrales. Par exemple, la Chine n’a déclaré que 27 tonnes d’achats en 2025, ce qui sous‑évalue probablement les volumes réellement acquis. Au total, les achats des banques centrales pourraient être trois à quatre fois supérieurs aux chiffres publiés.

Figure 3 : Estimation des achats trimestriels d’or par Tether (2025)

TrimestreAchats d’or estimés (tonnes)Commentaire
T1 2025~8 à 12 tPhase initiale, bilan plus réduit
T2 2025~12 à 16 tMontée en puissance avec l’émission
T3 202526 tDébut de l’accélération
T4 202527 tFlux maximal

Source : Estimations WisdomTree basées sur les rapports trimestriels d’attestation de Tether et le cours de l’or LBMA.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.

L’or comme source de liquidité en période de tension

Il n’y a pas que les investisseurs qui vendent de l’or en période de tension pour lever des liquidités ; les banques centrales peuvent adopter le même comportement. La Turquie en fournit un exemple clair. Afin de soutenir la livre turque, la banque centrale a vendu (et dans certains cas échangé) de l’or pour obtenir des liquidités en dollars américains.

L’ampleur et la rapidité ont été remarquables : environ 58 à 60 tonnes ont été mobilisées en l’espace de deux semaines. Il est important de noter qu’une partie de cette activité a pris la forme de swaps sur l’or plutôt que de ventes fermes, constituant une intervention de change (FX) adossée à des garanties, l’or restant inscrit au bilan.

Bien que ces actions puissent sembler négatives pour les cours de l’or à première vue, nous les interprétons différemment. Elles renforcent le rôle de l’or en tant qu’actif de réserve liquide et de confiance. Les investisseurs comme les banques centrales se tournent vers l’or en période de tension, non pas par rejet de l’actif, mais comme validation de son utilité.

Les précédents historiques confortent cette analyse. Après d’importantes ventes d’or en 2023 pour stabiliser les marchés domestiques à la suite d’un séisme, la Turquie a ensuite reconstitué ses réserves d’or au cours des mois suivants. Nous anticipons un schéma similaire à terme.

Prévisions sur l’or

Établir des prévisions sur le cours de l’or à l’aide d’un modèle est particulièrement difficile à l’heure actuelle. Bien que nous explorions des améliorations de notre cadre[3] existant, il est possible qu’aucune solution unique ne permette de saisir pleinement le niveau actuel de volatilité. Nous pensons qu’un nouveau régime d’équilibre pourrait émerger à terme, mais durant cette phase de transition, l’incertitude est inévitable.

Nous présentons donc ci‑dessous une prévision à un an pour les cours de l’or, fondée sur notre modèle existant. Nous évitons volontairement de présenter des projections intra‑période (trimestrielles), compte tenu de la volatilité extrême observée au T1 2026.

Ces prévisions doivent être interprétées comme la borne basse d’une fourchette plausible, déterminée par les variables macroéconomiques traditionnelles. Un potentiel haussier supplémentaire pourrait provenir d’un changement du régime d’équilibre lui‑même, potentiellement lié à un élargissement de la base d’investisseurs.

Scénario de base

Outre l’incertitude liée au modèle, l’incertitude macroéconomique demeure élevée. L’enquête Bloomberg auprès des économistes professionnels a été réalisée fin mars, à un moment où le sentiment de marché oscillait rapidement entre escalade et désescalade des risques géopolitiques.

Les contrats à terme sur les fonds fédéraux (Fed Funds futures) sont passés d’anticipations de baisses de taux à une pause prolongée, puis de nouveau à des baisses partielles, le tout en l’espace de quelques jours. Bien que les prévisionnistes professionnels présentent généralement une plus grande stabilité que les indicateurs implicites de marché, la dispersion de leurs anticipations s’est accentuée. En outre, de nombreuses prévisions n’en sont encore qu’aux premières phases d’ajustement face à l’évolution de l’environnement macroéconomique. Nous avons observé, de manière anecdotique, des révisions agressives des projections, suivies peu après de revirements.

Néanmoins, sur la base du consensus concernant l’inflation, les rendements obligataires et le dollar américain (USD), l’or devrait progresser vers 5 500 USD/oz au cours de l’année à venir. Cela constituerait un nouveau sommet en clôture, le pic intraday de 5 600 USD/oz en janvier 2026 n’ayant été que brièvement maintenu.

Les pressions inflationnistes demeurent élevées, sous l’effet du conflit en Iran, de l’expansion budgétaire aux États‑Unis et en Europe, et des perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement liées aux droits de douane. Bien que les droits de douane relevant de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) aient été réduits, d’autres mesures, telles que les tarifs de la Section 122, continuent d’exercer une pression haussière sur les prix.

Les rendements des obligations du Trésor américain à 10 ans ont déjà nettement augmenté depuis le début du conflit. En moyenne, les prévisionnistes n’anticipent pas de hausse significative supplémentaire à partir des niveaux actuels. Parallèlement, le dollar américain s’est apprécié en raison de son statut de valeur refuge et de la position des États‑Unis en tant qu’exportateur net d’énergie. Toutefois, des forces structurelles, notamment l’élargissement des déficits jumeaux, devraient reprendre le dessus, entraînant une dépréciation progressive. Il convient de noter que cette dépréciation devrait rester modérée, ramenant l’indice du dollar (DXY) vers ses niveaux de janvier 2026 plutôt qu’à des niveaux nettement inférieurs.

Nous relevons l’hypothèse de positions spéculatives nettes sur les contrats à terme sur l’or à 200 000 contrats, contre environ 160 000 au moment de la rédaction. Cela est globalement conforme aux moyennes de long terme. Le positionnement actuel apparaît relativement faible compte tenu du contexte géopolitique, ce qui suggère que les données du Chicago Mercantile Exchange Commodity Exchange (CME COMEX) ne reflètent qu’une partie du sentiment mondial.

Globalement, l’attribution du modèle indique que l’amélioration du sentiment et le niveau élevé de l’inflation constituent les principaux moteurs du potentiel haussier de l’or dans ce scénario.

ConsensusT1 2027
Inflation attendue2,8 %
Rendements nominaux à 10 ans escomptés4,13 %
Prévisions en matière de taux de change du dollar américain (DXY)96,3
Prévision du positionnement spéculatif200 000
Prévisions du cours de l’or (en dollars américains l’once)5 493

Source : WisdomTree. Enquête Bloomberg auprès d’économistes professionnels. Mars 2026 Les prévisions ne sont pas un indicateur des performances futures et tout investissement est soumis à des risques et à des incertitudes.

Scénario haussier

Dans le scénario haussier, l’inflation grimpe à 4 %, reflétant la crise énergétique et d’autres pressions sur les chaînes d’approvisionnement.

Même si la Réserve fédérale hésite à resserrer sa politique, reconnaissant que la hausse des prix est liée à des facteurs du côté de l’offre, les rendements obligataires devraient néanmoins augmenter.

Dans le même temps, la dépréciation du dollar américain serait plus marquée que dans le scénario de consensus. Alors que le scénario consensuel suppose un retour aux niveaux de janvier 2026, le scénario haussier envisage une baisse supplémentaire d’environ 7 % du DXY.

Si l’inflation se rapproche de 4 % tandis que la Fed s’abstient de resserrer sa politique, la banque centrale pourrait faire face à des accusations d’erreur de politique ou de capitulation politique. Dans un tel scénario, le sentiment envers l’or devrait se renforcer nettement, le métal étant de plus en plus perçu comme une protection contre la dépréciation des monnaies fiduciaires.

HaussierT1 2027
Inflation attendue4,0%
Rendements nominaux à 10 ans escomptés5,0%
Prévisions en matière de taux de change du dollar américain (DXY)90
Prévision du positionnement spéculatif250 000
Prévisions du cours de l’or (en USD/oz)5 872

Source : WisdomTree. Mars 2026. Les prévisions ne sont pas un indicateur des performances futures et tout investissement est soumis à des risques et à des incertitudes.

Scénario baissier

Dans le scénario baissier, la Réserve fédérale parvient à ramener l’inflation à son objectif de 2 %, un niveau qui n’a pas été atteint ces dernières années, mais au prix d’une croissance économique plus faible.

Des taux directeurs plus élevés entraînent une appréciation significative du dollar américain, annulant une grande partie de la dépréciation observée en 2025. Bien que nous considérions ce scénario comme le moins probable, il ne peut être exclu. Une banque centrale souhaitant démontrer son indépendance pourrait adopter une position plus ferme que prévu.

Un environnement de faible inflation favorisera une baisse des rendements obligataires à 3,5 %.

Dans ce scénario, les cours de l’or reculent vers une fourchette de 4 600 à 4 650 USD/oz, revenant globalement aux niveaux observés début 2026.

BaissierT1 2027
Inflation attendue2,0 %
Rendements nominaux à 10 ans escomptés3,5 %
Prévisions en matière de taux de change du dollar américain (DXY)108
Prévision du positionnement spéculatif50 000
Prévisions du cours de l’or (en USD/oz)4 634

Source : WisdomTree. Mars 2026. Les prévisions ne sont pas un indicateur des performances futures et tout investissement est soumis à des risques et à des incertitudes.

Conclusion

L’or a connu un début d’année 2026 marqué par une forte volatilité. L’élargissement de la base d’investisseurs contribue probablement à une transition vers un régime d’équilibre plus élevé. Il reste difficile de distinguer les mouvements de prix liés aux facteurs macroéconomiques traditionnels de ceux liés à cette participation élargie.

Bien que nous continuions d’affiner notre approche de modélisation, il est possible qu’aucun cadre ne parvienne à saisir pleinement cette transition tant qu’un nouvel équilibre n’aura pas été établi. En attendant, nous conservons le modèle central afin de fournir un scénario de référence sur l’influence des moteurs traditionnels sur les cours de l’or.

En conséquence, nous interprétons nos prévisions comme la borne basse d’une fourchette plausible, un potentiel haussier supplémentaire pouvant provenir de l’élargissement continu de la base d’investisseurs.

Même dans le scénario consensuel, les cours de l’or retrouvent des niveaux record en clôture, dépassant les précédents sommets une fois exclu le pic intraday de courte durée observé en janvier 2026.

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[1] Plus précisément, nous indiquions : « Les phases de transition de système constituent, par nature, les environnements les plus complexes pour recalibrer des modèles quantitatifs. S’il peut être tentant de réagir à des inflexions apparentes par une refonte des modèles a posteriori, une telle approche comporte le risque d’intégrer des dynamiques transitoires ou des hypothèses dictées par les discours ambiants, susceptibles de s’estomper. À ce stade, aucune donnée empirique probante ne permet de définir les paramètres d’un nouvel équilibre structurel, ni d’identifier les analogues historiques pertinents sur lesquels le fonder. » Perspectives de l’or à l’horizon du T4 2026 : Vers un territoire inexploré, janvier 2026.

[2] Caldara, Dario et Matteo Iacoviello (2022), Measuring Geopolitical Risk.

[3] Voir L’argument en faveur de l’or pour une description de notre approche de modélisation.

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