Muzinich & Co. Weekly Update – Le retour de la micro

23 juin 2026

Muzinich & Co. Weekly Update – Le retour de la micro

Ce fut une excellente semaine pour les investisseurs « micro » et « bottom-up », alors que les nuages macroéconomiques qui ont assombri et entravé notre travail quotidien ont enfin commencé à se dissiper.

Les dirigeants américains et iraniens ont signé un protocole d’accord (Memorandum of Understanding – MOU) au château de Versailles, ouvrant la voie à une éventuelle issue au conflit. Il est important de noter qu’un protocole d’accord n’est pas un accord définitif ; il s’agit plutôt d’un document non contraignant qui expose l’intention commune des parties d’œuvrer à la conclusion d’un accord formel. À ce titre, il existe encore un risque non négligeable que les négociations échouent avant qu’un accord définitif ne soit conclu.

Néanmoins, ce protocole d’accord apporte plusieurs résultats positifs significatifs à court terme. Plus important encore, le détroit d’Ormuz sera rouvert, apportant un soulagement indispensable aux marchés énergétiques mondiaux. Le point 3 de l’accord est tout aussi significatif : il stipule que si aucun accord définitif n’est conclu dans un délai de 60 jours, le protocole d’accord sera « prolongé d’un commun accord ». En pratique, cela élimine le risque d’un échec des négociations face à une échéance stricte, quel que soit le rythme des progrès vers un règlement permanent.1

Pris dans leur ensemble, ces développements nous donnent un degré raisonnable de confiance dans le fait que tant le conflit militaire que la fermeture du détroit d’Ormuz sont, selon toute vraisemblance, derrière nous. En conséquence, la volatilité quotidienne liée aux facteurs macroéconomiques qui a tant pesé sur les marchés tout au long de cette période devrait commencer à s’estomper, permettant aux investisseurs de se recentrer sur les fondamentaux.

La deuxième incertitude macroéconomique à s’être dissipée concernait les banques centrales. Onze comités se sont réunis cette semaine, tous s’alignant sur les attentes du marché. Sept ont maintenu leurs taux inchangés, parmi lesquels la Banque nationale suisse, qui a conservé son taux directeur à zéro – le plus bas de toutes les grandes banques centrales mondiales –, les communications de l’ensemble des institutions ayant opté pour le statu quo étant résolument axées sur l’ancrage des anticipations d’inflation. Trois comités ont relevé leurs taux de 25 points de base (pb), tous situés en Asie. Le Brésil s’est démarqué, poursuivant sa normalisation progressive après des conditions monétaires exceptionnellement restrictives et abaissant son taux directeur de 25 pb supplémentaires, à 14,25 %.

En Asie, la Banque du Japon (BoJ) a relevé son taux cible de 0,75 % à 1,0 %, son plus haut niveau depuis 1995, une décision qui s’est déroulée sans heurts – bien loin de l’extrême volatilité qui accompagnait autrefois les changements de politique de la BoJ. Le conseil d’administration a voté à 7 voix contre 1 en faveur de cette hausse et a signalé sa volonté de poursuivre le resserrement des taux, le vice-gouverneur Uchida soulignant que « les conditions financières restent accommodantes », même si la communication globale a conservé son ton prudent caractéristique. En ce qui concerne son bilan, la BoJ a confirmé qu’elle poursuivrait sa stratégie actuelle de réduction progressive de ses achats, en diminuant ses achats mensuels d’obligations d’État japonaises de 200 milliards de yens chaque trimestre jusqu’à la fin du premier trimestre 2027, date à laquelle les achats se stabiliseront à environ 2 000 milliards de yens par mois, contre un rythme actuel de 2 700 milliards de yens. 2

En Indonésie, où des nuages macroéconomiques s’amoncelaient, la Banque d’Indonésie a continué de se démarquer tant par son indépendance que par son engagement en faveur de la stabilité des marchés financiers. Ces qualités sont devenues de plus en plus précieuses dans un contexte d’inquiétudes quant à l’érosion progressive de la crédibilité institutionnelle sous la présidence de Prabowo Subianto. Dans ce contexte, la Banque d’Indonésie a renforcé sa crédibilité en enchaînant à une hausse de 25 points de base décidée entre deux réunions une nouvelle hausse de 25 points de base, portant le taux à 5,75 %³, ce qui a contribué à restaurer la confiance et à stabiliser le sentiment des investisseurs.⁴

En Europe, le Royaume-Uni a occupé le devant de la scène, même si le Comité de politique monétaire n’a guère réservé de surprise en maintenant les taux à 3,75 % lors de sa réunion de juin, comme largement anticipé. Le Comité a réitéré sa position selon laquelle il « se tient prêt à agir si nécessaire pour veiller à ce que l’inflation mesurée par l’IPC reste sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de 2 % à moyen terme ». Parallèlement, le gouverneur Andrew Bailey a indiqué qu’il était « satisfait, à l’heure actuelle, de maintenir les taux inchangés ». 5

Bailey avait sans doute un œil rivé sur les chiffres de l’IPC de mai, qui ont réservé une bonne surprise à la baisse. L’inflation s’est maintenue à 2,8 % en mai, soit nettement en dessous des 3,3 % prévus par la Banque dans son rapport de politique monétaire d’avril. L’Office national des statistiques (ONS) a attribué ce ralentissement à la baisse des coûts alimentaires, en particulier ceux de la viande et des produits laitiers, qui a largement compensé les pressions à la hausse exercées par les tarifs aériens, les taxes sur les véhicules et le prix de l’essence. 6 Ces données suggéraient que les pressions sur les prix dans l’ensemble de l’économie étaient un peu plus faibles que ce que l’on craignait.

La principale source d’incertitude pour la banque centrale au cours des dernières semaines a été le changement de direction à la Réserve fédérale (Fed), Kevin Warsh prenant les rênes après huit ans de mandat de Jerome Powell. Warsh n’a pas tardé à imposer sa marque au Comité fédéral de l’open market (FOMC). Romptant de manière décisive avec la pratique récente, il a réduit le communiqué publié à l’issue de la réunion à seulement 130 mots, a supprimé toute indication prospective et a refusé de soumettre ses propres prévisions au « Résumé des projections économiques », signalant ainsi un retour délibéré au style de communication plus opaque utilisé à l’époque de Greenspan.

Le message global était clairement « hawkish ». Le communiqué (1) décrivait l’activité comme progressant à un rythme soutenu malgré une incertitude élevée, (2) soulignait la vigueur persistante du marché du travail et (3) réaffirmait que l’inflation restait supérieure à l’objectif de 2 % de la Fed. Surtout, le Comité a abandonné les indications précédentes, plutôt « dovish », et a inséré un engagement sans ambiguïté à « assurer la stabilité des prix ». Le graphique en points a renforcé cette posture, neuf des dix-huit participants prévoyant désormais au moins une hausse des taux cette année. Parallèlement, les prévisions d’inflation ont également été revues nettement à la hausse, la médiane de l’indice global des dépenses de consommation personnelles (PCE) pour 2026 ayant été révisée à 3,6 %, et l’indice PCE sous-jacent devant désormais rester au-dessus de l’objectif au moins jusqu’en 2028.

Lors de sa conférence de presse, Warsh a maintenu tout au long de son intervention un ton résolument « hawkish », évitant ostensiblement les arguments qu’il avait précédemment avancés, notamment les effets potentiellement désinflationnistes de l’IA, les gains de productivité et les signaux plus favorables provenant d’autres mesures de l’inflation tendancielle. Il a également annoncé la création de cinq groupes de travail chargés respectivement de la communication, du bilan, des sources de données, de l’IA et de la productivité, ainsi que du cadre de la Fed en matière d’inflation, la plupart d’entre eux devant achever leurs travaux d’ici la fin de l’année. 7

Alors que le conflit entre les États-Unis et l’Iran entre dans une phase moins perturbatrice pour l’économie mondiale, le cours au comptant du Brent est tombé sous la barre des 80 dollars américains, un niveau que nous considérons comme neutre pour la croissance. Cependant, les dégâts causés par ce conflit sont néanmoins visibles dans la réaction des banques centrales, les décideurs politiques étant désormais tous fermement déterminés à ancrer les anticipations d’inflation, ce qui ouvre la voie à un resserrement monétaire supplémentaire si l’inflation ne venait pas à reculer et à revenir vers ses objectifs. Les investisseurs estiment que les banques centrales ont encore du travail à accomplir : ils anticipent une probabilité de 95 % d’une nouvelle hausse de 25 points de base de la part de la Banque du Japon en décembre, tandis que pour les 12 prochains mois, les marchés tablent sur 1,7, 1,6 et 1,9 hausses supplémentaires de 25 points de base respectivement de la part de la Banque centrale européenne, de la Banque d’Angleterre et de la Fed. 8

Les courbes de rendement ont commencé à s’aplatir à la baisse sur la plupart des grands marchés, à l’exception du Japon – une évolution qui pourrait être interprétée comme un vote de confiance dans l’engagement des banques centrales à ancrer l’inflation. Toutefois, cette évolution des courbes comporte son propre signal d’alerte. L’aplatissement à la baisse survient le plus souvent lorsque l’économie se trouve dans les phases intermédiaires à avancées du cycle, ou lorsque des risques de surchauffe sont présents et que l’inflation dépasse l’objectif.

Pour les investisseurs en obligations d’entreprises, c’est précisément le moment de procéder à une évaluation prudente et rigoureuse, où une sélection rigoureuse des titres selon une approche « bottom-up » porte ses fruits. La dynamique standard du cycle de crédit est bien connue : les entreprises augmentent leur endettement lorsque les conditions financières s’assouplissent et que le coût du financement reste faible, mais à mesure que les taux d’intérêt remontent, le poids de la dette s’alourdit, les marges se resserrent et la pression pour réduire les coûts et les effectifs s’intensifie. Si rien n’est fait, cette détérioration de fin de cycle peut conduire à un ralentissement et, dans le pire des cas, à une récession – les émetteurs les plus vulnérables étant finalement contraints de se restructurer.

Toutefois, peu d’éléments indiquent actuellement que ce scénario soit à l’œuvre aux États-Unis. Comme l’illustre notre graphique de la semaine, les charges nettes d’intérêts et autres paiements des entreprises non financières ont fortement diminué depuis leur pic post-Covid et se situent aujourd’hui à des niveaux observés pour la dernière fois il y a une décennie. Cela suggère que les bilans des entreprises ont jusqu’à présent absorbé le coût plus élevé du capital avec davantage de résilience que ne le laisserait penser le récit classique de fin de cycle. C’est aussi un rappel que les signaux macroéconomiques généraux ne se traduisent pas systématiquement par des tensions de crédit, et que la sélection rigoureuse des titres demeure l’outil essentiel pour naviguer dans l’environnement à venir.

Graphique de la semaine : Entreprises non financières ; paiements nets d’intérêts et autres, transactions

Source : Banque fédérale de réserve de Saint-Louis (FRED), au 11 juin 2026. Les points de vue et opinions de Muzinich sont susceptibles d’évoluer. À titre indicatif uniquement ; ne doit en aucun cas être interprété comme un conseil en investissement ou une invitation à s’engager dans une quelconque activité d’investissement. Charles-Henri a besoin d’une attestation de notre part certifiant qu’il ne bénéficie pas d’une aide à la garde d’enfants de la part de la Société.

Références

1. Bloomberg, « Lisez le projet de mémorandum en 14 points entre les États-Unis et l’Iran », 16 juin 2026

2. Bloomberg, « RÉACTION DE LA BoJ : hausse des taux, suspension de la réduction progressive des achats d’obligations d’État japonaises, Uchida reste serein », 16 juin 2026

3. Bloomberg, « RÉACTION DE L’INDONÉSIE : une nouvelle hausse des taux ne suffira pas à rétablir la confiance », 9 juin 2026

4. Bloomberg, « RÉACTION EN INDONÉSIE : la roupie reste le facteur déterminant pour les taux », 18 juin 2026

5. Bloomberg, « RÉACTION DE LA BOE : discours ferme pour l’instant, mais la chute du prix du pétrole exclut toute hausse en 2026 », 18 juin 2026

6. Bloomberg, « L’inflation britannique reste étonnamment stable avant la décision de la BOE », 17 juin 2026

7. Deutsche Bank Research, « Récapitulatif de la réunion du FOMC de juin : Rock Chalk, Warch-hawk », 17 juin 2026

8. Bloomberg, au 19 juin 2026

Retrouvez l’ensemble de nos articles Business

Recommandé pour vous

A la Une
Entre légende et pèlerinage : Compostelle, mille ans d’histoire vraie
Chaque année, des centaines de milliers de marcheurs empruntent les chemins qui …
A la Une
Esclavage : ce que les constitutions ne disent pas
La traite négrière transatlantique et l’esclavage constituent l’une …
A la Une
Perspectives de marché juin 2026
Les estimations actuelles de la DWS concernant la conjoncture, les marchés et le…
A la Une
Vitrines brisées, sommet intact: le bilan du 14 juin à Genève
Le 14 juin, vingt mille personnes défilent à Genève à la veille du sommet du G7 …
A la Une
Muzinich & Co. Weekly Update – Tenir bon : les banques centrales face à...
Avec deux réunions de banques centrales et l’issue des négociations concernant l…
A la Une
Le prix de la stabilité des prix
Par Kevin Thozet, membre du comité d’investissement Carmignac La Banque centrale…