Les marchés mondiaux ont conservé un fort biais « risk-on » la semaine dernière, soutenus par l’apaisement des tensions géopolitiques, la probabilité d’une escalade majeure en Iran ayant diminué. L’amélioration du sentiment, reflétée par une baisse de la volatilité, a permis aux investisseurs de se recentrer sur les données économiques et les résultats d’entreprises. Les banques centrales ont signalé une trajectoire de politique monétaire plus mesurée et, malgré des risques persistants, les perspectives restent globalement favorables, à condition que le conflit reste circonscrit.
La dynamique des prix sur les marchés financiers a continué d’afficher un schéma classique « risk-on ». Le sentiment reste optimiste, avec notre indicateur privilégié, le VIX, qui se maintient sous 20 et poursuit sa baisse tout au long de la semaine. Les conditions financières se sont assouplies, reflétant un soulagement des marchés mondiaux à mesure que le scénario du pire — une offensive terrestre complète en Iran — devient de moins en moins probable. En conséquence, les risques extrêmes à la baisse ont nettement diminué. La saison des résultats et les réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) ont également contribué à détourner l’attention des tensions géopolitiques, permettant aux investisseurs de se concentrer de nouveau sur leurs priorités : les perspectives économiques et les résultats des entreprises.
Le président Trump s’est montré optimiste quant aux négociations avec l’Iran, affirmant que Téhéran avait accepté « presque tout » et qu’un accord pourrait être conclu « assez rapidement », rendant potentiellement inutile une prolongation du cessez-le-feu. Sur un front distinct mais lié, Trump a annoncé un cessez-le-feu de 10 jours entre Israël et le Liban, désormais en vigueur, et a fait part de son intention d’accueillir le Premier ministre Netanyahu et le président Aoun à la Maison Blanche.1 Par ailleurs, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que la voie maritime cruciale pour l’approvisionnement énergétique mondial était désormais « complètement ouverte » pendant la durée de la trêve de 10 jours entre Israël et le Hezbollah au Liban 2 (notons toutefois que le détroit a ensuite été refermé au cours du week-end).
La grande majorité des investisseurs estime désormais qu’une ré-escalade du conflit n’est dans l’intérêt de personne. Les États-Unis ont atteint leur objectif déclaré de dégrader les capacités militaires de l’Iran, tandis que le régime iranien a survécu et pourrait même sortir du conflit avec une position régionale renforcée, ayant démontré son contrôle sur le détroit d’Ormuz. Parallèlement, en coulisses — et conformément à son approche diplomatique — la Chine a clairement encouragé une résolution pacifique, renforçant l’idée générale d’une poursuite de la désescalade. 3 Les marchés prédictifs attribuent actuellement une probabilité de 84 % à ce que Trump annonce la fin de l’opération militaire avant la fin du mois de mai.4
La semaine a été relativement calme pour les bons du Trésor américain comparativement à leurs homologues européens, avec une légère « bull flattening » de la courbe des taux. Le FMI a toutefois adressé un avertissement appuyé au Trésor américain, soulignant le déficit budgétaire persistant des États-Unis — environ 6 % du PIB — combiné à une dépendance croissante aux émissions de dette à court terme, qui représentent désormais 22 % du financement total. Selon le FMI, cette situation érode la prime de sécurité historiquement associée aux Treasuries, avec des conséquences plus larges, notamment une hausse des coûts d’emprunt à l’échelle mondiale.5
À titre d’illustration, le FMI a mis en avant la réduction de l’écart entre les obligations d’entreprises notées AAA et les Treasuries, passé de plus de 55 points de base début 2019 à environ 35 points de base aujourd’hui — signe que les investisseurs exigent une prime moindre pour détenir des obligations d’entreprises de haute qualité, ce qui reflète une confiance réduite dans le statut traditionnel de valeur refuge des Treasuries. L’ancien secrétaire au Trésor Henry Paulson s’est montré encore plus direct, suggérant que les autorités américaines devraient préparer un plan de secours afin d’éviter un effondrement futur de la demande pour les Treasuries, en raison d’un déséquilibre croissant entre l’offre et une importante vague d’échéances à venir. « Nous avons besoin d’un plan d’urgence, ciblé et à court terme, prêt à être mis en œuvre dès que nous nous heurterons au mur. »6
Sur les marchés obligataires européens, les courbes ont fortement évolué en « bull flattening », avec des taux à court terme en baisse de plus de 20 points de base, les communications des banques centrales atténuant l’urgence de resserrer la politique monétaire en réponse à la hausse des prix de l’énergie. Christine Lagarde a indiqué que la hausse des coûts énergétiques avait éloigné la zone euro du scénario de base de la Banque centrale européenne (BCE), sans toutefois justifier des hausses de taux à ce stade. 7 De son côté, Andrew Bailey a signalé qu’il n’y avait pas d’urgence à resserrer la politique monétaire, estimant qu’il est encore trop tôt pour évaluer l’impact économique du conflit en Iran. Il a qualifié la situation de « très grand choc énergétique », tout en soulignant que sa durée sera déterminante pour les perspectives d’inflation de la Banque d’Angleterre.8
Dans ce contexte, les marchés monétaires anticipent désormais environ 40 points de base de resserrement de la part de la BCE et 23 points de base pour la Banque d’Angleterre, contre des attentes maximales de 76 et 87 points de base respectivement au 20 mars.9
Dans sa mise à jour des perspectives économiques de printemps, le FMI suppose — globalement en ligne avec le consensus — que le conflit restera limité en durée et en ampleur. Dans ce scénario central, la croissance mondiale est légèrement revue à la baisse, à 3,1 % en 2026 contre 3,3 % auparavant. L’Europe devrait être un peu plus affectée que les États-Unis, tandis que l’Amérique latine apparaît comme un bénéficiaire relatif. L’inflation mondiale globale devrait légèrement augmenter en 2026 avant de reprendre sa baisse en 2027. Toutefois, le FMI souligne que les risques baissiers dominent, notamment en cas de conflit plus long ou plus étendu, de remise en question des gains de productivité liés à l’IA, ou de nouvelles tensions commerciales.10
Les marchés du crédit corporate et des devises continuent de refléter un environnement « risk-on ». Le crédit a enregistré une nouvelle semaine solide, avec des performances positives dans toutes les sous-classes d’actifs et une surperformance des marchés émergents, tant en investment grade qu’en high yield. Les flux de capitaux se sont également améliorés, les obligations émergentes en devises fortes et le high yield des marchés développés attirant désormais des entrées significatives.11
Le dollar américain a continué de s’affaiblir de manière générale. Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI et professeur à Harvard, a ajouté une dimension structurelle au débat sur le dollar, avertissant que la devise pourrait être surévaluée de près de 20 % par rapport à ses niveaux actuels – même s’il s’attend à ce que tout ajustement vers sa juste valeur s’effectue sur cinq à six ans plutôt que de manière brutale.12
La devise la plus performante de la semaine a été le forint hongrois, en hausse de plus de 3 % face au dollar après un résultat électoral marquant. La victoire écrasante de Peter Magyar met fin aux 16 années de pouvoir de Viktor Orbán et annonce un réalignement politique majeur. Pour les marchés, l’élément clé est la probable normalisation des relations entre la Hongrie et Bruxelles, ce qui pourrait débloquer des milliards d’euros de fonds européens actuellement gelés, apportant un soutien budgétaire significatif à l’économie hongroise et des effets positifs dans toute la région d’Europe centrale et orientale.13
Sur les marchés des matières premières, l’énergie a poursuivi sa baisse, avec le Brent passant sous les 90 dollars le baril. Dans le même temps, les métaux industriels ont atteint de nouveaux sommets : l’indice des métaux de Londres (LME), qui suit six métaux majeurs, a progressé de près de 12 % au cours des quatre dernières semaines, tiré par la flambée des prix de l’aluminium. JPMorgan Chase a averti que l’industrie de l’aluminium se dirigeait vers un « trou noir », alors qu’un déficit d’approvisionnement grave et prolongé s’installe sur le marché.14
Enfin, les actions mondiales ont globalement progressé, l’indice Bloomberg World Large & Mid Cap ayant gagné plus de 3 %. Aux États-Unis, le S&P 500 a franchi la barre des 7 000 points pour la première fois, tandis que les indices à forte composante technologique ont surperformé : le Nasdaq et le Kospi coréen ont tous deux progressé de plus de 6 % sur la semaine. La saison des résultats aux États-Unis a bien débuté, dominée par les grandes banques, qui ont globalement dépassé les attentes. JPMorgan a enregistré un niveau record de revenus de trading trimestriels, Citigroup a vu ses revenus actions bondir de 39 % à un niveau historique, 15Bank of America a publié des résultats nettement supérieurs aux prévisions, 16 et Morgan Stanley a dépassé les attentes pour le deuxième trimestre consécutif, porté par des performances record en wealth management. 17 Wells Fargo a été plus en retrait, avec un revenu net d’intérêts inférieur aux estimations. 15
Graphique de la semaine : Perspectives économiques du FMI – Comparaison des prévisions de croissance du PIB
Sources: IMF WEP Update, as of January 2026; IMF WEO April 2026 ∆ = April minus January forecast. Green = upgrade vs. Jan WEO, Red = downgrade.
Past performance is not a reliable indicator of current or future results.
References:
1. Bloomberg, “Trump Says Iran’s Concessions Pave Way for Deal to End War,” April 17, 2026
2. Bloomberg, “Iran Opens Hormuz Following Lebanon Truce in Boost for Peace,” April 17, 2026
3. Bloomberg, “Xi Vows Constructive Role as Iran War Drags World to ‘Disarray,’” April 14, 2026
4. Bloomberg, as of April 17, 2026
5. Bloomberg, “IMF Says Treasuries Losing Premium, Warns US on Debt Management,” April 15, 2026
6. Bloomberg, “Henry Paulson Suggests US Make a Break-Glass Treasuries Plan,” April 16, 2026
7. Bloomberg, “Lagarde Says Europe’s Economy Has Slipped Below ECB Baseline,” April 14, 2026
8. Bloomberg, “Bailey Says Bank of England in No Rush to Raise Interest Rates,” April 15, 2026
9. Bloomberg, as of April 17, 2026
10. International Monetary Fund World Economic Outlook, “Global Economy in the Shadow of War,” April 2026
11. Standard Chartered Global Research, as of April 2026
12. Bloomberg, “Rogoff Calls Dollar 20% Overvalued,” Warns Markets ‘Naïve’ on War,” April 15, 2026
13. Bloomberg, “Hungary’s New Leader Calls for Sweeping Change After Orban,” April 13, 2026
14. Bloomberg, “London Metals Index at Record High on Aluminum ‘Black Hole’ Fear,” April 17, 2026
15. UBS Equity Strategy, “1Q26 Earnings Brief: April 15,” April 15, 2026
16. Bank of America Beats Q1 Expectations, Analysts Boost Price Targets,” April 16, 2026
17. Bloomberg, “Morgan Stanley wealth biz continues record revenue streak,” April 16, 2026
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