BCE, réunion de septembre 2026 – Kevin Thozet, membre du comité d’investissement chez Carmignac
La Banque centrale européenne (BCE) devrait relever son taux de dépôt de 25 points de base à 2,50 % ce jeudi.
La fonction de réaction de la BCE s’est nettement recentrée sur les prix de l’énergie, et les marchés l’ont bien compris. Le taux allemand à 2 ans est un bon indicateur, pour les investisseurs, du point d’atterrissage attendu des taux directeurs de la BCE, évolue depuis plusieurs mois de concert avec les prix du pétrole et du gaz.
Après la pause de juillet (tant sur le front des taux que sur celui de la hausse des prix de l’énergie) le scénario d’une nouvelle hausse paraît donc assez naturel. L’inflation reste au-dessus de 3%, l’inflation sous-jacente demeure supérieure à la cible, et les nouvelles tensions sur l’énergie comme sur les chaînes d’approvisionnement maintiennent un biais haussier sur les prix. Et l’institution de Francfort craint les effets de second tour.
D’autant, que l’économie de la zone euro a surpris par sa résilience. Ni le choc iranien ni le choc industriel chinois n’ont, pour l’instant, provoqué le ralentissement que beaucoup redoutaient.
Cela devrait se refléter dans les nouvelles projections de la BCE. Les prévisions de croissance devraient être légèrement relevées, à 0,9% en 2026 et 1,4% en 2027. Le profil d’inflation, lui, devrait devenir un peu plus contrasté : un peu plus favorable à court terme, autour de 2,9% en 2026, mais plus persistant ensuite sous l’effet des prix du gaz plus élevés.
La décision de cette semaine est donc largement intégrée par les investisseurs. Christine Lagarde devrait rester fidèle à son script habituel, insistant sur la dépendance aux données, réunion après réunion, vigilance quant aux effets de second tour. D’autant que à 2,25%, les taux de politique monétaire sont encore légèrement accommodants au regard des estimations du taux neutre, généralement estimé autour de 2,5%.
Au-delà, en revanche, le débat change de nature. Jusqu’ici, la BCE s’est surtout attachée à réduire le caractère accommodant de sa politique monétaire. A compter de 2,5%, chaque hausse supplémentaire ferait plus clairement entrer les taux en territoire restrictif. C’est à partir de ce seuil que les divergences au sein du Conseil des gouverneurs pourraient devenir plus visibles et que les voix les plus accommodantes auraient davantage de raisons de se faire entendre.
Marchés obligataires : le marché extrapole
Les marchés anticipent aujourd’hui une remontée des taux BCE vers 3% d’ici le printemps prochain. Plus important encore, ils semblent considérer que ce niveau devrait durer indéfiniment. À nos yeux, c’est aller trop loin dans l’extrapolation du cycle de hausse actuel.
Plutôt que d’essayer de prévoir le rythme exact des prochaines hausses, celui-ci dépendra fortement de l’évolution du pétrole, du gaz et de la géopolitique, notre conviction est ailleurs : la partie courte de la courbe des taux euro est trop pentue.
En d’autres termes, il est probable que les taux BCE atteignent 3%. Mais qu’ils restent à 3% éternellement l’est beaucoup moins.
Dans le même temps, la résilience de l’activité en zone euro et la persistance de l’inflation militent pour des anticipations d’inflation plus élevés, en particulier sur les maturités intermédiaires.
C’est pourquoi nous privilégions les obligations italiennes indexées sur l’inflation sur des maturités 2 à 5 ans. Avec des rendements réels supérieurs à 1% ; elles offrent une rémunération attractive, en complément de l’inflation réalisée.
Notre lecture est donc volontairement asymétrique : le marché va probablement trop loin sur la durée du resserrement monétaire, mais pas assez loin sur le risque d’inflation.
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