Par Nedialko Nedialkov, gérant senior spécialisé dans les actions thématiques chez Allianz Global Investors.

Le phénomène climatique El Niño est de retour. Pour les investisseurs, cela présente un intérêt non seulement en raison de son impact potentiel sur le climat, mais surtout en raison de ses conséquences économiques. Un El Niño intense peut exercer une pression supplémentaire sur l’approvisionnement en denrées alimentaires, en eau et en énergie. Un phénomène qui crée également de nouvelles opportunités d’investissement.
Le service météorologique américain NOAA a confirmé le 9 juillet que le phénomène El Niño s’intensifiait. Il y a 97 % de probabilité que ce phénomène se poursuive jusqu’au début du printemps 2027. Il y a également 81 % de chances qu’El Niño se transforme en un événement « très fort » au quatrième trimestre de cette année. Cela pourrait faire de l’El Niño actuel l’un des plus puissants depuis le début des mesures en 1950.
Pour les investisseurs, la question clé est de savoir ce que cela implique pour les secteurs essentiels à l’économie.
Le riz illustre bien l’interdépendance entre le climat et l’économie. Plus de la moitié de la population mondiale dépend du riz comme aliment de base. Parallèlement, la production est très sensible à la sécheresse et aux températures élevées. Selon la Banque mondiale, la production de riz dans certaines régions pourrait baisser de 20 % à 50 % si El Niño se prolongeait jusqu’en 2027. L’Asie du Sud, l’Afrique australe et certaines parties de l’Asie de l’Est sont particulièrement menacées.
Pour les investisseurs, c’est un risque pour les prix des denrées alimentaires, mais cela pourrait également donner un coup de pouce aux technologies agricoles. L’irrigation intelligente, les capteurs de sol, des machines agricoles plus précises et des cultures résistantes à la sécheresse peuvent aider les agriculteurs à produire davantage de denrées alimentaires en utilisant moins d’eau.
Ce marché est en croissance structurelle. L’agriculture représente environ 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce, ce qui rend une utilisation plus efficace de l’eau de plus en plus importante.
Le secteur de l’eau mérite également une plus grande attention. L’un des principaux problèmes est ce qu’on appelle les « pertes d’eau non facturées » : de l’eau traitée perdue à cause de fuites, de vols ou de compteurs d’eau imprécis.
Selon la Banque mondiale, cela coûte chaque année environ 14 milliards de dollars aux services publics à l’échelle mondiale. Dans les pays en développement, réduire de moitié ces pertes permettrait de disposer d’un volume d’eau supplémentaire suffisant pour approvisionner 90 millions de personnes supplémentaires.
Pour les investisseurs, cela crée des opportunités dans les entreprises proposant des solutions de détection des fuites, des compteurs d’eau intelligents, des capteurs, des pompes et des outils d’analyse numérique. À mesure que l’eau se raréfie, la valeur économique de ces technologies devrait augmenter.
Les canicules peuvent également fragiliser l’approvisionnement énergétique. La France en est un bon exemple. L’énergie nucléaire produit environ deux tiers à 70 % de l’électricité du pays, mais les centrales nucléaires dépendent de l’eau de refroidissement. Lors de la canicule européenne, certains cours d’eau ont atteint des températures exceptionnellement élevées et leurs niveaux d’eau ont baissé. En conséquence, les centrales nucléaires ont dû réduire leur production ou s’arrêter temporairement.
Pour les investisseurs, cela souligne l’importance d’investir dans un réseau électrique plus flexible et plus résilient. Les batteries, les transformateurs, les lignes électriques, les logiciels intelligents, les bâtiments à haute efficacité énergétique et les systèmes de refroidissement performants pourraient tous bénéficier du besoin croissant d’un système énergétique plus fiable.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 80 millions de kilomètres de lignes électriques devront être construits ou remplacés dans le monde d’ici 2040. Les investissements annuels dans les réseaux électriques devront pratiquement doubler pour atteindre plus de 600 milliards de dollars d’ici 2030.
El Niño montre comment un phénomène climatique peut affecter les prix des matières premières, l’approvisionnement alimentaire et la sécurité énergétique. Pour les investisseurs, cela rend la tendance sous-jacente particulièrement intéressante : le monde a de plus en plus besoin de technologies qui utilisent plus efficacement des ressources rares, ainsi que d’infrastructures capables de résister à des conditions plus extrêmes.
Les opportunités s’étendent donc au-delà des producteurs traditionnels de matières premières pour inclure les entreprises proposant des solutions dans les domaines de la gestion de l’eau, des technologies agricoles, des réseaux électriques, du stockage d’énergie et du refroidissement efficace.
El Niño est peut-être un événement temporaire, mais les opportunités d’investissement qui y sont associées sont bien plus structurelles.
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