La semaine a été calme sur les marchés financiers en termes de mouvements des cours, comme c’est généralement le cas pendant la traditionnelle accalmie du mois d’août. La saison des résultats touche à sa fin, le calendrier des statistiques économiques et l’activité des banques centrales restent relativement peu chargés, tandis que l’impasse géopolitique au Moyen-Orient s’est poursuivie. Le 17 août marque l’échéance initiale de 60 jours prévue pour les négociations autour du protocole d’accord, même si les deux parties auraient indiqué aux médiateurs qu’elles consentaient à prolonger les discussions[1].
À mesure que nous approchons du cap des six mois depuis le début de l’opération militaire, le 28 février, et qu’aucun signe ne laisse entrevoir une réouverture du détroit d’Ormuz, la dernière tentative en date, l’accord Oman-Iran, semble s’être enlisée. Les États-Unis paraissent avoir radicalement changé de tactique, délaissant clairement l’action militaire au profit d’une pression économique de grande ampleur. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que les États-Unis annonceraient prochainement des mesures économiques sans précédent à l’encontre de l’Iran[2]. Ce qui a peut-être légèrement surpris, c’est l’absence de réaction des prix de l’énergie, le West Texas Intermediate et le Brent ayant tous deux progressé d’environ 3,5 %, clôturant la semaine respectivement à près de 81 et 86,50 dollars le baril. Il est vrai que la libération des réserves stratégiques et des stocks commerciaux contribue à cette situation – tout comme les volumes contournant le détroit d’Ormuz via des oléoducs -, tandis que la Chine a également réduit ses importations de pétrole, ce qui est favorable. Mais après six mois de pénurie d’approvisionnement, sans perspective de réouverture du détroit d’Ormuz à l’horizon, et alors que les deux parties se préparent à un bras de fer de longue haleine, les marchés prédictifs n’accordent qu’une probabilité de 35 % à un retour à la normale du trafic dans le détroit d’Ormuz d’ici le 1er janvier 2027 (voir le graphique de la semaine[3]). On aurait pu s’attendre à ce que les cours du brut progressent de manière significative, ou du moins c’est ce que pourraient faire valoir les optimistes du pétrole.
Le contre-argument est que les investisseurs les plus optimistes sur le pétrole tablent sur une perturbation ou un choc de l’offre trop important. En d’autres termes, le détroit d’Ormuz n’est en réalité pas fermé ! Selon le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, on estime que près de 9 millions de barils par jour (bpj) continuent de transiter par ce détroit, tandis que les exportations totales du Golfe s’élèvent à environ 15 millions de bpj si l’on inclut les oléoducs, contre environ 20 millions de bpj avant la guerre[4]. Le désaccord entre optimistes (bulls) et pessimistes (bears) tient essentiellement à l’impossibilité actuelle de suivre les pétroliers. Trois difficultés se posent. Premièrement, la quasi-totalité des navires ont désactivé leur système d’identification automatique (AIS). Deuxièmement, la plupart des fournisseurs d’images satellites, sous la pression de Washington, ont cessé de commercialiser leurs images. Troisièmement, plutôt que d’effectuer un trajet direct entre le point de départ et la destination, la plupart des flux de marchandises impliquent désormais des transbordements de navire à navire en haute mer. Cela permet aux navires de plus petite taille de franchir plus facilement le détroit d’Ormuz, car ils sont plus difficiles à identifier et plus faciles à escorter sous la protection militaire américaine avant de transférer leur cargaison vers de plus grands pétroliers.
Le véritable débat devrait donc porter sur la quantité de pétrole qui parvient à sortir. Si l’on prend l’estimation de Chris Wright comme scénario optimiste et qu’on la compare aux données vérifiables – Kpler estime la moyenne sur cinq jours des transits de navires par le détroit d’Ormuz à environ 13 – on peut affirmer sans risque de se tromper qu’au moins 5 millions de barils par jour transitent par le détroit.4. Cela nous donne une fourchette d’estimation raisonnable comprise entre 5 et 9 millions de barils par jour.
Il subsiste certes un déficit, mais cela peut contribuer à expliquer pourquoi les cours du pétrole hésitent à flamber. Cela permet également d’espérer que le changement de tactique des États-Unis aura le temps de porter ses fruits avant que le matelas constitué par les stocks mondiaux de pétrole ne soit ramené à des niveaux critiques.
Les obligations d’État ont elles aussi largement ignoré la lente remontée des cours du pétrole, les obligations européennes affichant tous les signes d’une accalmie estivale en août, s’échangeant dans une fourchette étroite tout au long de la semaine. Aux États-Unis, les données sur l’inflation se sont révélées modérées, suggérant que le contexte macroéconomique n’entraîne guère de pression inflationniste. L’inflation des prix à la consommation en juillet est tombée à 3,4 % en glissement annuel (ga), n’augmentant que de 0,07 % sur le mois, tandis que les prix à la consommation sous-jacents ont reculé à 1,6 % sur une base annualisée sur trois mois[5]. Les prix de production ont également ralenti, l’indice des prix à la production progressant de 4,7 % en glissement annuel, contre 5,5 % en juin[6].
Cette situation a entraîné une pentification de la courbe des taux américaine : les rendements sur les échéances courtes ont reculé et les investisseurs ont ramené à 30 % la probabilité d’une hausse des taux de la Réserve fédérale lors de la réunion de septembre[7]. Dans le même temps, la partie longue de la courbe a terminé la semaine globalement inchangée. L’offre a peut-être pesé sur le sentiment après l’adjudication de 25 milliards de dollars de bons du Trésor américain à 30 ans, réalisée à un rendement de 5,216 % — le taux le plus élevé auquel le gouvernement américain ait émis une obligation à 30 ans depuis 2001[8] !
Les marchés du crédit corporate ont continué à progresser lentement, le statu quo s’étant rétabli. Les obligations high yield, bénéficiant d’un coupon supérieur, ont continué à surperformer leurs homologues investment grade. Les principales devises et les marchés boursiers ayant globalement évolué dans la fourchette observée en août, avec une variation de ±1 % au cours de la semaine, l’indice Bloomberg World Large & Mid Cap a clôturé la semaine en hausse d’environ 0,5 %.
Graphique de la semaine : Faible probabilité d’une solution à court terme
Source: Bloomberg, as of August 14, 2026. Muzinich views and opinions are subject to change. For illustrative purposes only.
References:
[1] Midde East Monitor, “US, Iran agree to extend 60-day ceasefire ahead of Aug. 17 deadline,” August 12, 2026
[2] Bloomberg, “US Readies Unprecedented ‘Economic Isolation’ Plan for Iran,” August 14, 2026
[3] Bloomberg, as of August 14, 2026
[4] CNBC, “Strait of Hormuz ship traffic near three-month low as U.S.-Iran deal in doubt,” August 12, 2026
[5] Bloomberg, “US REACT: Modest Core CPI Lowers Fed Rate-Hike Chances,” August 12, 2026
[6] Bloomberg, “US Wholesale Inflation Cools as War-Driven Energy Shock Fades,” August 13, 2026
[7] Bloomberg, as of August 14, 2026
[8] Bloomberg First Word,” US 30-Year Auction Tails as It Draws Highest Yield Since 2001,” August 13, 2026
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