Par Kevin Thozet, membre du Comité d’Investissement
SECTION I – ÉCONOMIE : LE VOLONTARISME BUDGÉTAIRE SORT LA BELLE ENDORMIE DE SA TORPEUR
La zone euro commence enfin à montrer des signes de reprise cyclique, portée avant tout par un soutien budgétaire accru.
Le véritable point d’inflexion vient d’Allemagne. L’assouplissement effectif du frein à l’endettement, ainsi que la volonté d’engager 500 milliards d’euros dans les infrastructures et la défense, constituent le tournant budgétaire le plus significatif observé depuis plusieurs décennies. Cet effort d’investissement pourrait relever la croissance allemande de 0,5 % à 1 % par an sur les dix prochaines années. La qualité d’exécution sera essentielle, mais l’impulsion donnée change déjà sensiblement la trajectoire de croissance attendue pour l’Europe.
Après un début d’année 2025 dynamique, marqué par une hausse des rendements obligataires et des marchés d’actions, les actifs européens évoluent désormais sans tendance claire. Les investisseurs attendent que les annonces budgétaires et les plans de soutien à la croissance se traduisent concrètement dans les indicateurs économiques. Les derniers développements sont néanmoins encourageants : hausse des dépenses publiques, redressement des commandes industrielles, amélioration de la production manufacturière et reprise progressive du crédit. Autant d’éléments qui laissent penser qu’un nouvel élan pourrait se matérialiser prochainement.
La dynamique de croissance est également favorable dans le reste de l’Europe. L’Italie continue de tirer parti des financements du plan Next Generation EU. La France met en œuvre une forme de relance implicite via un niveau élevé de dépenses sociales. De son côté, l’Espagne profite d’un cercle vertueux combinant exportations solides, investissement privé soutenu, gains de productivité et consommation dynamique, et elle est également soutenue par les fonds européens.
Cette impulsion budgétaire synchronisée est suffisante pour alimenter un rebond cyclique, même si les exportations et l’investissement privé demeurent structurellement fragiles. La reprise est donc tangible, mais elle repose avant tout sur les politiques publiques.
Pour la BCE, cela impose une certaine prudence. Le processus de désinflation marque le pas, le marché du travail fait preuve de résilience et la politique budgétaire devient plus expansionniste. Dans ce contexte, les taux devraient rester inchangés plus longtemps, la BCE privilégiant la flexibilité et la réactivité plutôt que des engagements explicites sur la trajectoire future des taux.
Au-delà du rebond conjoncturel, l’enjeu central concerne la capacité du secteur privé à prendre le relais à partir de 2027, lorsque le soutien budgétaire s’atténuera. Et surtout, l’Europe saura-t-elle créer les conditions nécessaires à cette transition ? Les avancées sur l’Union des marchés de capitaux et l’achèvement d’un véritable marché unique seront déterminants. C’est là que se jouera le passage d’une croissance soutenue par la dépense publique à un modèle plus autonome et durable.
En synthèse chiffrée, nous anticipons une croissance du PIB de la zone euro autour de 1,3 %, supérieure au consensus et au potentiel, permettant un rapprochement avec la dynamique de croissance mondiale. L’inflation devrait évoluer autour de 1,7 %–1,8 %, ce qui laisse à la BCE une marge d’intervention en cas de ralentissement ou de regain d’aversion au risque sur les marchés.
SECTION II – DES VENTS FAVORABLES – LE COÛT DE L’ÉNERGIE
Les prix de l’énergie demeurent l’un des principaux freins structurels pour l’Europe. Selon Mario Draghi, même après prise en compte des coûts de transport et de logistique, les prix de l’énergie y sont 60 % à 90 % plus élevés qu’aux États-Unis. Cet écart pénalise directement la compétitivité industrielle, les décisions d’investissement et l’autonomie stratégique du continent.
L’adoption d’une véritable stratégie énergétique commune, plus intégrée, résolument européenne et centrée sur l’intégration des réseaux, l’électrification et le développement des énergies renouvelables, constituerait un levier décisif.
LA COMMANDE PUBLIQUE
La commande publique représente environ 15 % du PIB de l’Union européenne, mais elle demeure encore insuffisamment mobilisée comme instrument de politique économique. Une orientation vers une préférence européenne pourrait produire des effets considérables, en particulier dans les domaines de la défense, des infrastructures numériques et du spatial.
LE MARCHÉ UNIQUE
Fort de 450 millions de consommateurs et de 26 millions d’entreprises, le marché unique européen constitue un atout majeur, mais il n’est pas encore pleinement à la hauteur de son ambition. Les coûts des échanges intra-européens restent élevés.
LE « 28ÈME RÉGIME »
L’extension envisagée du « 28ème régime » pourrait constituer une avancée majeure en instaurant un cadre juridique unique à l’échelle européenne, facilitant l’implantation et le développement transfrontaliers des entreprises.
ACTIONS : DE LA ROTATION FACTORIELLE AUX FONDAMENTAUX
Pour la première fois depuis trois ans, le consensus anticipe une reprise tangible de la croissance bénéficiaire, avec une hausse attendue des bénéfices par actions d’environ 12 % en 2026 et 2027.
Malgré cette inflexion, les actions européennes se négocient avec une décote importante par rapport aux actions américaines : plus de 30 % au niveau des indices, et 18 % après neutralisation des différences sectorielles.
Des groupes comme L’Oréal ou Hermès se négocient aujourd’hui sur des niveaux de valorisation relatifs comparables à ceux de 2022 ou de 2020.
OBLIGATIONS EUROPÉENNES : LE POINT DE DÉPART EST FAVORABLE
À moyen terme, les perspectives du marché obligataire européen demeurent favorables. L’inflation devrait évoluer sous la cible, tandis que les taux directeurs proches de 2 % offrent une marge de manœuvre à la BCE.
Les obligations en euros de maturité courte apparaissent particulièrement intéressantes, combinant un portage raisonnable avec un profil rendement-risque asymétrique.
Sur le segment du crédit, les marges évoluent à des niveaux proches de leurs plus bas historiques, alors que les rendements restent attractifs.
CARMIGNAC: LA GESTION EUROPÉENNE EN CHIFFRES
Retrouvez l’ensemble de nos articles Business