Cap sur le climat, freins sur le financement

27 août 2026

<strong>Cap sur le climat, freins sur le financement</strong>

Malgré les chocs géopolitiques et l’instabilité macroéconomique, les capitaux se déplacent progressivement vers l’électricité, les renouvelables et les infrastructures de résilience climatique. Mais cette transformation reste inégale et très dépendante du coût du financement.

Les marchés financiers évoluent dans un environnement où les certitudes sont devenues rares. En 2026, la guerre au Moyen-Orient, la volatilité des prix de l’énergie et le ralentissement de la croissance compliquent les décisions d’investissement. Pourtant, une tendance de fond se confirme : la transition énergétique et l’adaptation climatique continuent d’orienter une part croissante des capitaux vers de nouvelles infrastructures. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les investissements mondiaux dans le secteur ont atteint environ 3 300 milliards de dollars en 2025. Les technologies dites « propres » renouvelables, nucléaire, réseaux, stockage, électrification, efficacité énergétique, en représentaient environ 2 200 milliards, soit deux fois la somme consacrée au pétrole, au gaz et au charbon. Cette évolution ne relève pas uniquement de la politique climatique : sécurité énergétique, politiques industrielles et compétitivité technologique jouent un rôle tout aussi déterminant, notamment en Chine et en Europe.

Ce basculement se concentre de plus en plus sur l’électricité. Le solaire photovoltaïque en est le principal bénéficiaire, avec environ 450 milliards de dollars investis en 2025, davantage que toute autre technologie énergétique, tandis que le stockage par batteries devrait attirer près de 66 milliards. Mais produire davantage d’électricité renouvelable ne suffit pas, les réseaux doivent pouvoir la transporter. Or environ 400 milliards de dollars sont consacrés chaque année aux réseaux électriques dans le monde, contre près de 1 000 milliards pour les capacités de production, un déséquilibre que l’AIE juge intenable à terme. En Europe, la Commission estime que la transition énergétique nécessitera environ 660 milliards d’euros de financements annuels entre 2026 et 2030, puis 695 milliards par an entre 2031 et 2040, avec une mobilisation accrue du capital privé. Cette transition n’est cependant qu’une partie du mouvement : entreprises, collectivités et États doivent aussi investir pour s’adapter à des risques climatiques déjà tangibles, chaleur extrême, sécheresses, inondations ou stress hydrique. Le financement de cette adaptation reste très inférieur aux besoins. Dans son Adaptation Gap Report 2025, publié le 29 octobre 2025, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) estime que les pays en développement auront besoin de 310 à 365 milliards de dollars par an d’ici 2035, contre des flux internationaux publics de seulement 26 milliards en 2023, un déficit que le PNUE évalue à douze à quatorze fois les flux actuels. L’enjeu n’est pas seulement de trouver davantage d’argent : il faut aussi rendre les projets suffisamment prévisibles pour attirer des investisseurs privés.

Cette transformation intervient dans un contexte peu favorable au financement de projets à forte intensité capitalistique. En juillet 2026, le Fonds monétaire international prévoyait une croissance mondiale de 3 % pour 2026 et 3,4 % pour 2027, tout en soulignant des risques géopolitiques persistants. Dans la zone euro, la Banque centrale européenne tablait en juin 2026 sur une croissance de seulement 0,8 %, dans un contexte marqué par le choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient. Cette conjoncture favorise mécaniquement les projets capables de démontrer une visibilité solide sur leurs revenus ou leur cadre réglementaire, infrastructures électriques, efficacité énergétique et certaines installations renouvelables en bénéficient, tandis que les projets plus dépendants de subventions ou de coûts technologiques élevés restent exposés aux reports. Le financement devient enfin une question de géographie : l’AIE souligne que les économies émergentes et en développement hors Chine n’ont attiré en 2025 que 18 % des investissements mondiaux dans les énergies propres, alors qu’elles regroupent près des deux tiers de la population mondiale. Le défi consiste à éviter que la transition ne se concentre dans les économies disposant déjà d’un accès abondant au capital.

Le changement climatique transforme finalement la définition même du risque. Une infrastructure exposée aux inondations devient plus coûteuse à assurer ; une entreprise dépendante d’une énergie importée reste vulnérable à un choc géopolitique. Dans un environnement macroéconomique instable, les investisseurs privilégient donc les actifs capables de répondre simultanément à plusieurs enjeux : sécurité énergétique, compétitivité, réduction des émissions et résilience climatique. La transition énergétique n’est plus seulement un objectif environnemental de long terme. Elle devient une composante de la stratégie industrielle et de la gestion des risques, tout comme l’adaptation climatique, longtemps perçue comme une dépense défensive, s’impose désormais comme une nécessité économique.

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