Par Marcel Oldenkott, co-directeur des investissements, BIT Capital
Oscar Health a longtemps été considéré comme l’exemple type d’une start-up insurtech surévaluée : après son introduction en bourse en 2021, le cours de l’action a chuté de 39 dollars à moins de 3 dollars à certains moments. Mais alors que le marché avait fait une croix sur l’entreprise, une plateforme technologique hautement intégrée s’est développée en coulisses, et elle porte aujourd’hui ses fruits. La baisse des ratios de coûts, la forte croissance du nombre d’adhérents et les bénéfices records montrent que le modèle économique bénéficie de plus en plus d’économies d’échelle. C’est précisément là que pourrait résider l’opportunité pour les investisseurs : si Oscar Health parvient à maintenir sa dynamique de croissance, le marché pourrait à l’avenir considérer l’entreprise moins comme une assurance maladie classique et davantage comme une plateforme technologique évolutive.
Lorsqu’Oscar Health a été fondée à New York en 2012, l’entreprise souhaitait repenser fondamentalement l’assurance maladie et a misé dès le départ sur sa propre technologie. Elle a bénéficié d’un élan historique : la réforme de la santé « Obamacare » a créé pour la première fois des places de marché numériques sur lesquelles des millions d’Américains pouvaient s’assurer eux-mêmes. Oscar Health a été l’un des premiers acteurs sur ce nouveau terrain et, pendant longtemps, la quasi-totalité de son argumentaire d’investissement reposait sur cette réforme politique. Oscar a certes connu une croissance rapide, mais perdait de l’argent. Son introduction en bourse en 2021 s’est transformée en leçon sur les attentes démesurées : après un prix d’émission de 39 dollars, l’action est tombée à un moment donné sous la barre des 3 dollars. Le marché avait rendu son verdict : beaucoup de technologie, peu de rentabilité.
Ce que le marché a longtemps négligé depuis lors : alors qu’Oscar Health était sanctionnée en bourse, l’entreprise a continué à développer de manière cohérente sa propre plateforme technologique, qui intègre la gestion, la facturation et le service aux adhérents sans recourir à des prestataires tiers. Pas d’externalisation, pas de ruptures de système. La technologie et l’IA ne sont pas des promesses marketing, mais un levier de réduction des coûts mesurable. Et ce levier porte désormais ses fruits. La part des recettes de primes consacrée aux frais de soins – l’indicateur de rentabilité central du secteur – est passée de 84,6 % à 70,5 % en un peu moins de deux ans. Le taux des frais administratifs s’est amélioré en parallèle. Derrière cela se cache une simple logique d’échelle : plus il y a d’adhérents, plus les coûts technologiques et de développement sont répartis sur chaque assuré. Une part de plus en plus faible des recettes est consacrée aux coûts, tandis qu’une part de plus en plus importante reste sous forme de bénéfices.
Les chiffres du premier trimestre 2026 confirment ce mécanisme : croissance du nombre d’adhérents de 2,04 à 3,17 millions, croissance du chiffre d’affaires de 53 % pour atteindre 4,6 milliards de dollars, bénéfice net de 679 millions de dollars, soit une hausse de 404 millions par rapport au même trimestre de l’année précédente et le chiffre le plus élevé de l’histoire de l’entreprise
Oscar Health doit encore prouver que sa dynamique de croissance actuelle est durable. Mais c’est peut-être là que réside la conclusion la plus intéressante : pendant des années, Oscar a été considérée comme une assurance utilisant la technologie. Aujourd’hui, de nombreux éléments plaident en faveur d’une vision de l’entreprise comme une plateforme technologique proposant des assurances.
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