Muzinich & Co.: Weekly Update – The Long Game

28 avril 2026

Muzinich & Co.: Weekly Update – The Long Game

Les marchés ont évolué dans un contexte complexe, alors qu’un fragile cessez-le-feu au Moyen-Orient et les perturbations persistantes dans le détroit d’Ormuz ont maintenu les prix de l’énergie à des niveaux élevés et les investisseurs prudents. Avec la résurgence des risques inflationnistes, l’évolution des anticipations de taux et des signaux de croissance divergents à l’échelle mondiale, cet environnement souligne l’importance de conserver une perspective à long terme face à l’incertitude à court terme.

La semaine a été mitigée pour les investisseurs, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient semblant avoir atteint une impasse temporaire. La bonne nouvelle est qu’un fragile cessez-le-feu militaire semble tenir, aucune date limite officielle n’ayant pour l’instant été fixée concernant l’Iran. Par ailleurs, le cessez-le-feu entre Israël et le Liban a été prolongé de trois semaines supplémentaires jusqu’en mai.

Malheureusement, le détroit d’Ormuz reste fermé à tout trafic, l’Iran continuant de bloquer le passage des navires internationaux et les États-Unis ripostant en restreignant le transport maritime iranien, laissant ainsi une route maritime mondiale clé pratiquement paralysée et maintenant les marchés sous tension.

Dans ce contexte, l’administration américaine a cherché à présenter l’intensification du blocus naval comme un succès stratégique, affirmant qu’une pression soutenue accélérera les efforts visant à ramener Téhéran à la table des négociations et, à terme, à conclure un accord global. Pourtant, les cours du marché reflètent une vision plus prudente : le Brent a augmenté régulièrement tout au long de la semaine, gagnant plus de 15 %, ce qui suggère que les investisseurs restent sceptiques.

L’évolution du Brent est renforcée par les fondamentaux pétroliers iraniens. Les capacités de stockage terrestres de l’Iran seraient remplies à 54 %, laissant de la place pour environ 22 jours d’exportations. Même en tenant compte du stockage flottant, la production devrait probablement être réduite après environ 16 jours de perturbation continue, avec un arrêt complet des exportations après environ 30 jours si le détroit reste fermé. Dans le même temps, l’Iran disposerait d’environ 142 millions de barils positionnés au large, au-delà des régions du Golfe arabique et omanais, donc hors de portée immédiate d’un blocus centré sur le détroit. 1

Pris ensemble, ces éléments suggèrent que, si le blocus offre bien un levier de négociation, son efficacité dépend fortement du facteur temps. Pour restreindre significativement les capacités d’exportation iraniennes, l’application des mesures devrait être stricte et maintenue pendant plusieurs mois. Cela crée une tension, car un tel calendrier pourrait mettre à l’épreuve la patience de l’administration américaine en quête de résultats rapides, tout en remettant en question l’hypothèse des investisseurs selon laquelle la perturbation ne serait qu’un choc inflationniste temporaire avec peu d’effets sur la croissance économique globale. Selon notre scénario de choc d’offre pétrolière, le Brent devrait évoluer dans une fourchette de 82 à 98 dollars si le détroit rouvre dans les trois mois. Une perturbation prolongée de six mois porterait cette fourchette entre 104 et 136 dollars.2

Sur les marchés obligataires, les obligations d’État ont réagi par un aplatissement baissier de leurs courbes, une sous-performance des rendements à court terme et une hausse de plus de 10 points de base (pb) des rendements à 2 ans aux États-Unis et en Allemagne, tandis que les rendements à 2 ans au Royaume-Uni ont augmenté de plus de 20 pb. Dans le même temps, les marchés du crédit ont évolué latéralement, enregistrant un rendement positif grâce au carry sur les coupons. Les économistes scrutent désormais les données à la recherche de signes révélateurs de l’inflation, du sentiment et des effets sur la croissance économique liés à la hausse des prix de l’énergie et aux tensions géopolitiques persistantes.

En Asie, les données sur les prix à la consommation au Japon ont été mitigées. L’inflation globale a dépassé le consensus à 1,5 %, tirée par la hausse des prix pétroliers et la faiblesse du yen. Dans le même temps, l’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, s’est ralentie à 2,4 % en mars³, son plus bas niveau depuis octobre 2024, indiquant des pressions sous-jacentes sur les prix stables à en baisseEn ce qui concerne l’activité, les PMI préliminaires d’avril ont également été mitigés, l’activité manufacturière s’accélérant davantage pour entrer en phase d’expansion, tandis que les services ont ralenti mais sont restés en phase d’expansion. Parallèlement, l’économie sud-coréenne a créé une surprise remarquable, avec une croissance de 1,7 % en glissement trimestriel au premier trimestre contre un consensus de 0,9 %, inversant la contraction de 0,2 % du trimestre précédent, soutenue par un boom des exportations alimenté par l’IA.4

Les données économiques en Europe ont présenté un tableau globalement similaire à celui de l’Asie. Au Royaume-Uni, l’inflation globale est passée de 3,0 % à 3,3 %, une hausse largement attribuée au conflit au Moyen-Orient et à la hausse des prix des carburants, tandis que l’inflation sous-jacente a reculé de 3,2 % à 3,1 %, s’inscrivant légèrement en dessous des prévisions consensuelles qui tablaient sur une stabilité, ce qui suggère une certaine modération des pressions sous-jacentes sur les prix. 5 Dans la zone euro, le premier signe avant-coureur d’un ralentissement de la croissance est venu de la publication de l’indice PMI flash d’avril, qui a révélé une détérioration inattendue de l’activité au début du deuxième trimestre, l’indice composite passant en territoire de contraction à 48,6, contre 50,7 en mars. Comme au Japon, la faiblesse s’est concentrée dans les services, où l’indice est tombé à 47,4 contre 50,2, tandis que l’industrie manufacturière a légèrement progressé à 52,2 contre 51,6.6

Cette divergence mondiale entre les PMI manufacturiers et ceux des services pourrait indiquer que les consommateurs commencent à réduire leurs dépenses discrétionnaires dans les services, tandis que l’industrie manufacturière reste temporairement soutenue par des effets de constitution de stocks. Les indicateurs de confiance en provenance d’Allemagne renforcent cette opinion, le sentiment des investisseurs mesuré par l’enquête ZEW ayant chuté à son plus bas niveau depuis plus de trois ans,tandis que la confiance des entreprises dans l’enquête IFO s’est également affaiblie, l’indice IFO du climat des affaires reculant à 84,4 en avril contre 86,3 en mars, son plus bas niveau depuis mai 2020.8

Aux États-Unis, la semaine a été relativement pauvre en statistiques, les ventes au détail constituant la seule publication notable. Le rapport suggère que la consommation est restée solide et généralisée en mars, avec 12 des 13 catégories en hausse. Cela reflète probablement des remboursements fiscaux plus importants que d’habitude. Toutefois, un signal d’alerte apparaît clairement : les gains ont été largement tirés par la hausse des prix de l’essence. 9Les investisseurs ont donc tourné leur attention vers l’audition au Sénat du futur président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, ainsi que vers les publications de résultats du premier trimestre.

Dans son témoignage, M. Warsh a présenté un programme ambitieux pour son mandat. Il a réaffirmé la primauté des objectifs fondamentaux de la Fed : la stabilité des prix et le plein emploi, tout en signalant une tolérance bien moindre pour ce qu’il a qualifié de « dérive de la mission ». Il a fait valoir que les taux d’intérêt, plutôt que le bilan, devraient être le principal outil de la politique monétaire, laissant entendre une préférence pour une réduction progressive du bilan de la Réserve fédérale. Warsh a également appelé à une refonte fondamentale de la manière dont le comité mesure et cible l’inflation, notamment en s’éloignant des indications prospectives et, en particulier, du « dot plot », pour éventuellement adopter une approche suivie par la Banque centrale européenne, qui publie des prévisions économiques trimestrielles accompagnées de scénarios alternatifs afin de mieux illustrer sa fonction de réaction. Enfin, il a souligné l’importance croissante de l’intelligence artificielle dans l’orientation future de la politique monétaire et des prévisions.10

Warsh avait sans doute aussi un œil sur les résultats du T1, dont la principale leçon jusqu’ici est un regain marqué d’optimisme — voire d’euphorie — dans le secteur technologique. Des résultats exceptionnels ont entraîné un rallye généralisé des valeurs technologiques, l’indice des semi-conducteurs (SOX) enregistrant une série historique de 18 séances consécutives de hausse. À l’échelle mondiale, les indices boursiers fortement exposés à la tech ont surperformé, avec de fortes hausses à Taïwan et en Corée du Sud parmi les marchés émergents, tandis que les actions américaines, menées par le Nasdaq, ont surpassé les autres économies avancées. Un consensus croissant estime que le secteur reste largement protégé des risques de contagion liés au conflit iranien. Parmi les publications marquantes, SK Hynix a annoncé un bond de 398 % de son bénéfice net trimestriel à un niveau record de 40,35 billions de wons (27,28 milliards de dollars), 11 porté par une pénurie de puces mémoire, tandis qu’Intel a publié des prévisions de ventes spectaculaires et Texas Instruments a affiché un chiffre d’affaires trimestriel de 4,8 milliards de dollars US, avec des revenus liés aux data center en hausse de 90 %. 12 À Taipei, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) a gagné 5 % après un assouplissement réglementaire sur les limites de détention des fonds concentrés sur une seule valeur, 13 renforçant encore la dynamique haussière.

Graphique(s) de la semaine: perdants et gagnants du conflit iranien

Affecté: Perdant – consommateur: prix à la pompe

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Source: Bureau du recensement des États-Unis, enquête mensuelle préliminaire sur le commerce de détail, 21 avril 2026. À titre indicatif uniquement.

Non affecté: Gagnant – industrie des semi-conducteurs

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Source: Bloomberg au 24 avril 2026. Indice sectoriel des semi-conducteurs PHLX (SOX). À titre indicatif uniquement.

Toutes les sources sont Bloomberg, sauf indication contraire.

Les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des résultats actuels ou futurs.

Références

1. Bloomberg, « Le blocus de la marine américaine va contraindre l’Iran à réduire sa production : JPM », 21 avril 2026

2. Muzinich & Co., « Commentaire hebdomadaire de Muzinich sur les marchés : choc énergétique », 16 mars 2026

3. Bloomberg, « RÉACTION DU JAPON : un IPC en hausse reflète la vague de choc pétrolier, la BoJ reste en alerte », 23 avril 2026

4. Bloomberg, « RÉACTION DE LA CORÉE : une surprise au 1er trimestre accélère la croissance pour 2026 », 22 avril 2026

5. Bloomberg, « RÉACTION AU ROYAUME-UNI : la hausse de l’IPC alimentée par celle du pétrole, la BoE ne devrait pas bouger », 22 avril 2026

6. S&P Global Flash Eurozone PMI, « La production de la zone euro recule pour la première fois en 16 mois alors que les prix s’envolent », 23 avril 2026

7. Bloomberg, « Les perspectives des investisseurs allemands tombent à leur plus bas niveau depuis 2022 en raison de la guerre en Iran », 21 avril 2026

8. Bloomberg, « RÉACTION ALLEMAGNE : le moral en berne laisse entrevoir un risque de contraction au deuxième trimestre », 24 avril 2026

9. Bloomberg, « RÉACTION AUX ÉTATS-UNIS : le prix élevé de l’essence et les remboursements d’impôts stimulent les ventes au détail en mars », 21 avril 2026

10. Wall Street Journal, « Moments clés du témoignage de Kevin Warsh devant le Congrès », 21 avril 2026

11. Barron’s, « SK Hynix affiche une hausse de 400 % de ses bénéfices. L’action Micron est en baisse. » 23 avril 2026

12. Bloomberg, « Texas Instruments enregistre sa plus forte hausse depuis 2000 grâce à des prévisions optimistes », 23 avril 2026

13. Bloomberg, « Le titre TSMC s’envole alors que Taïwan assouplit le plafond d’investissement par titre », 23 avril 2026

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