Profiter de l’environnement de fin de cycle sur les marchés obligataires

26 janvier 2026

Profiter de l’environnement de fin de cycle sur les marchés obligataires

Par Guillaume Rigeade, co-responsable de la gestion obligataire chez Carmignac, et co‑gérant du fonds Carmignac Portfolio Flexible Bond.

TIRER PARTI D’UN ENVIRONNEMENT DE FIN DE CYCLE SUR LES MARCHES OBLIGATAIRES.

Après trois années consécutives de performances exceptionnellement favorables aux marchés obligataires, les perspectives pour 2026 apparaissent plus contrastées. Les valorisations demeurent élevées sur l’ensemble des actifs risqués, tandis que les divergences économiques et géopolitiques s’accentuent. Dans cet environnement plus complexe, la création de valeur repose moins sur une exposition directionnelle que sur la capacité à naviguer à travers les disparités entre régions, segments de courbes et classes d’actifs.

ÉTATS-UNIS : UNE CROISSANCE ROBUSTE DANS UN CONTEXTE D’INCERTITUDE POLITUQE ACCRUE

Alors que les marchés ont largement intégré les intentions de relance budgétaire de la zone euro (provoquant une hausse généralisée des taux longs) la trajectoire américaine s’est révélée nettement plus volatiles en 2025. Malgré une croissance soutenue, culminant à 4,3 % au troisième trimestre, et un marché du travail résilient, l’incertitude politique liée à l’administration Trump, marqué par des fermetures répétées du gouvernement, a pesé sur la confiance des investisseurs. Dans ce contexte, les taux longs américains ont paradoxalement reculé d’environ 40 points de base sur l’année.

Sur les  maturités courtes, l’optimisme des marchés s’est renforcé après trois baisses de taux de la Réserve fédérale en 2025, anticipant de nouveaux assouplissements en 2026. Toutefois, avec une inflation toujours au-dessus de la cible, un soutien budgétaire maintenu à l’approche des élections de mi-mandat et des risques géopolitiques croissants (exacerbés par les menaces de Trump de prendre le contrôle du Groenland), les marchés pourraient sous‑estimer la possibilité d’une remontée des taux. Dans ce contexte, il semble prudent d’anticiper une hausse des taux américains, tant à court qu’à long terme.

DÉFICITS PUBLICS EN HAUSSE ALORS QUE LA DEMANDE POUR LA DETTE SOUVERAINE S’ESSOUFLE

La montée des tensions géopolitiques croissantes  de nombreuses économies à augmenter leurs dépenses militaires et à s’engager dans des politiques commerciales coûteuses, entraînant des déficits plus importants et une hausse de l’endettement. Si les États intensifient leurs émissions obligataires pour financer ces besoins, la demande, elle, s’érode  : des acheteurs traditionnels (investisseurs japonais adeptes du carry trade, banques centrales, fonds de pension) réduisent leur exposition, tandis que les marchés émergents privilégient de plus en plus l’or aux obligations souveraines des pays développés.

Si les dépenses publiques soutenues peuvent temporairement porter les actifs risqués, notamment les obligations d’entreprise, le potentiel supplémentaire de resserrement des spreads semble désormais limité. Dans cet environnement, une sélection rigoureuse dans le crédit paraît préférable à une exposition large aux segments risqués, comme le high yield. En parallèle, l’augmentation de la dette souveraine dans les pays développés crée des opportunités pour les investisseurs actifs, permettant la mise en place de stratégies de courbe et l’identification de valeurs relatives entre économies divergentes.

UN MOMENTUM FAVORABLE POUR LES ÉMETTEURS ÉMERGENTS

Dans un monde de plus en plus fragmenté , les émetteurs des marchés émergents apparaissent mieux positionnés que ceux des économies développées. À l’exception de l’Asie, toujours pénalisée par la faible dynamique chinoise, la plupart des pays émergents présentent des fondamentaux favorables : inflation en baisse, croissance modérée mais positive, niveaux d’endettement maîtrisés grâce à des ajustements structurels précoces. Ils bénéficient également de repositionnements géopolitiques, tels que l’émergence de nouveaux exportateurs de matières premières, la relocalisation des chaînes de production plus proches des consommateurs occidentaux et un alignement politique croissant dans certaines régions d’Amérique du Sud.

Dans cet environnement,  la dette locale émergente est particulièrement attractive : elle offre un portage historiquement élevé, un potentiel de resserrement des spreads et est soutenue par des politiques monétaires disciplinées. Les conditions techniques s’améliorent également, avec des flux d’investisseurs en hausse susceptibles de soutenir davantage les valorisations dans les mois à venir.

L’INFLATION NE MONTRE AUCUN SIGNE D’ESSOUFFLEMENT

Les réformes engagés par l’administration Trump en 2025 devraient exercer une pression haussière sur l’inflation américaine à la hausse en 2026 via les droits de douane et un durcissement de la politique migratoire, renforçant les tensions salariales et les risques inflationnistes. Cela ouvre des opportunités dans les actifs indexés à l’inflation. Une thèse également pertinente dans la zone euro, où la relance budgétaire et le regain de protectionnisme pourraient raviver les tensions inflationnistes dans un environnement de risques géopolitiques et de forte volatilité des prix des matières premières.

Finalement, l’environnement actuel caractérisé par des valorisations tendues, des déséquilibres économiques et des rendements sans risque insuffisants pour compenser l’inflation appelle à une gestion active. Les obligations indexées à l’inflation demeurent l’un des rares segments encore attractifs de l’univers obligataire, tandis que les obligations d’entreprise et d’État présentent un potentiel limité de compression supplémentaire.

Le moment est donc idéal pour faire recours à des stratégies obligataires flexibles, reposant sur plusieurs moteurs de performance et faiblement corrélées aux obligations traditionnelles, apparaît particulièrement pertinent. Elles permettent de capter les opportunités offertes par la phase tardive du cycle, tout en maîtrisant les risques inhérents à un environnement de marché devenu plus exigeant.

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