Pascal Affi N’Guessan : l’opiniâtre

Par Sandra Manetti

Le 31 octobre, Pascal Affi N’Guessan aurait dû affronter pour la seconde fois Alassane Ouattara pour la présidence de la République de Côte d’Ivoire. Sa décision de poser des conditions à sa participation au scrutin a rebattu les cartes. La date de l’élection apparait désormais plus incertaine. La détermination du président du Front Populaire Ivoirien demeure en revanche intacte. Portrait de l’homme qui, dix ans après la chute de Laurent Gbagbo, veut ramener son parti au pouvoir

« Je ne serai pas le candidat d’un scrutin tronqué, un candidat factice, l’accompagnateur d’un résultat pré déterminé qui me priverait de ma victoire et de l’immense espoir qu’elle constituera » : ce mardi 22 septembre 2020, Pascal Affi N’Guessan renverse la table et tous les pronostics. Le président du Front Populaire Ivoirien s’impose désormais comme le nouvel homme fort de l’opposition ivoirienne, bien décidé à bloquer la stratégie du « un coup KO », traduisez cette victoire dès le premier tour imaginée par Alassane Ouattara avec l’aide d’un Conseil Constitutionnel et d’une Cour Electorale Indépendante à sa dévotion. Par la magie d’une phrase et un positionnement sans ambiguïté, Pascal Affi N’Guessan bouleverse les plans de l’Exécutif, ce passage en force vers un troisième mandat. Il conforte au passage son image personnelle d’opposant déterminé.

Depuis toujours, l’homme aime à se définir comme un fervent républicain respectueux des institutions et partisan du dialogue. C’est au nom des institutions qu’il entre en résistance contre ce qu’il appelle « un coup d’état institutionnel ». Convaincu d’être le seul en capacité de mener à terme la réconciliation, il se présente désormais comme « le candidat de tous les Ivoiriens ». Quelle que soit la date à laquelle se tiendra finalement l’élection, la réconciliation s’imposerait, en cas de victoire, comme l’urgence de son quinquennat, le socle de toute une politique par ailleurs résolument axée sur le développement et le progrès social. Une manière aussi de rappeler qu’en ces temps troublés pour la Côte d’Ivoire, il ne mise ni sur l’insurrection, ni sur les conflits ethniques, pour s’imposer. Il proclame à qui veut l’entendre qu’il est impossible de construire une nation sur le tribalisme ou le repli identitaire.

Son positionnement s’inscrit dans la continuité de toute une vie.  A 67 ans, Pascal Affi N’Guessan entend incarner la nouvelle génération mais il est en réalité un briscard de politique ivoirienne. Adhérent depuis 1986 au FPI – le parti était alors dans la clandestinité -, il a occupé de nombreux postes, à commencer par la primature sous la présidence Gbagbo. Il dirige le FPI depuis 19 ans et a déjà porté ses couleurs à l’élection présidentielle en 2015. Il n’avait alors aucune chance, mais l’objectif était ailleurs : en refusant le boycott, il préservait la pérennité même de sa famille politique. D’allure élégante, d’un naturel posé, l’homme sort rarement de ses gonds. Ingénieur de formation, c’est un pragmatique, plus cartésien qu’affectif, aux indéniables qualités de stratège. Ses amis le présentent comme un « travailleur infatigable, avec ce brin d’humour qui fait la différence ».

Affi est surtout un obstiné, bien décidé à démontrer que la victoire est possible à la loyale et que le boycott doit être proscrit car il constitue une prime à l’adversaire. Cette posture lui a longtemps valu de solides inimitiés, dans son camp surtout, où des amis de l’ancien président Gbagbo, fédérés sous l’étendard de « Gbagbo ou rien », lui vouaient récemment encore une rancune tenace. Pour les GOR, toute candidature en dehors de celle de leur mentor serait par nature illégitime. Pascal Affi N’Guessan n’ignore pas qu’il lui faudra convaincre un électorat attaché à l’ancien chef de l’Etat qu’il n’est pas cet usurpateur que certains aiment à décrire. Son récent coup d’éclat et la suspension de ses représentants de la Commission Electorale Indépendante lui a permis de marquer des points. Depuis cet été, il multiplie en outre les gestes à l’égard de celui qui fut son mentor. Il dit comprendre et partager une douleur légitime face au sort réservé à celui aux côtés duquel il s’est engagé en politique. Dans une interview sur RFI et France24, Il explique vouloir traduire cette souffrance en stratégie de reconquête du pouvoir.

Seule certitude : s’il est élu, un accueil triomphal sera réservé à l’ancien président. Acquitté par la Cour Pénale Internationale, ce dernier se voit pour l’instant refuser la délivrance de son passeport et il demeure exilé à Bruxelles. Affi lui promet un retour en grandes pompes, un retour qui permettrait de tourner définitivement la page des Bédié-Gbagbo-Ouattara, ces trois mastodontes qui ont successivement présidé la Côte d’Ivoire de l’après Houphouët-Boigny.  Affi l’opiniâtre espère être le président d’une nouvelle ère politique, celle de la « maturité démocratique ».

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