Le monde serait-il différent avec une influence plus grande des femmes ?

Provocation ? Raccourci simpliste ? Sensationnalisme ?…Peut-être, mais la question de la présence des femmes dans les cercles du pouvoir est effectivement fondamentale pour l’avenir de notre société. Les raisons sont multiples : il est aberrant que l’on ne mette pas en valeur tout le savoir acquis durant les parcours académiques. Le fait que la moitié féminine ne soit pas représentée dans une proportion semblable au sommet des hiérarchies n’est pas digne d’une société qui se prétend évoluée etc… Mais, finalement, osons poser la question: le monde serait-il vraiment différent avec une influence plus grande des femmes dans les décisions ?

Pour esquisser une réponse, il est intéressant d’observer les comportements au sein de bon nombre de collèges de direction. Une fraction de la gente masculine accapare en permanence l’attention et le temps de parole, suivant ainsi son besoin de s’affirmer.

La partie féminine de l’assemblée, forcément minoritaire, se fait beaucoup plus discrète, les Dames ne ressentant pas ce besoin de marquer leur territoire.

Soulignons également qu’une partie des hommes reste assez réservée, ce qui met en évidence qu’une certaine catégorie de Messieurs ne se reconnaît pas non plus dans ce fonctionnement basé sur les rapports de force.

Inutile de dire que le style mâle dominant comporte clairement une tendance à « foncer » tête baissée et, par conséquent, à prendre des décisions à court terme. Encore bien plus dangereux, ce type de personne ne consulte pas ses subordonnés, s’enlevant ainsi toute chance d’éviter des erreurs. La crise financière déclenchée par une spéculation débridée en constitue l’un des exemples les plus frappants.

En vertu du fait qu’une partie des Messieurs ne se reconnait pas dans ces styles qui ont failli mettre à sac l’économie mondiale, on peut déduire qu’une augmentation significative de la présence des femmes dans les centres de pouvoir aurait un effet démultiplicateur, en « libérant » littéralement ainsi cette autre tendance, également partagée par bon nombre d’hommes, bien plus portée sur une vision de construction à long terme.

Reste la question : comment faire pour changer les choses ? La réponse n’est assurément pas simple, mais le fait que l’enjeu n’est ni plus ni moins l’avenir de notre société commande que l’on ne renonce à aucun effort dans ce domaine.

Il y a d’abord ceux que tous les cadres masculins peuvent faire à leur niveau, soit encourager et soutenir les dames montrant des signes de compétences les qualifiant pour embrasser des fonctions de management car, et ce n’est pas le moindre des freins, les femmes ont tendance à se mettre hors-jeux elles-mêmes sur la base de divers arguments, dont le fait qu’elles évoluent dans un monde d’hommes…

Ensuite, et le débat est engagé depuis longtemps, il est bon de se poser la question des quotas, peu populaires car véhiculant des effets pervers pouvant pénaliser celles-là même qu’ils sont sensés soutenir.

Néanmoins, afin de faire basculer une fois pour toute la tendance et équilibrer le mode de fonction de l’économie et, partant, de la société en général, une idée commence à faire son chemin : instaurer des quotas au niveau des conseils d’administration sur une période limitée à quelques années, le temps que les nouveaux équilibres soient entrés dans les habitudes.

Alors, sur la base de ce qui précède, et s’il est effectivement un peu extrême de dire que les femmes « sauveront » le monde, il n’en demeure pas moins qu’une modification significative des proportions hommes-femmes au sein des collèges de direction insufflerait une tendance bien plus portée sur une vision à long terme, et éviterait certainement bon nombre de catastrophes dues à la recherche du profit immédiat. On pourrait également souligner tous les bienfaits sur les ambiances de travail et, donc, sur la santé des collaborateurs, qu’une semblable nouvelle donne ne manquerait pas d’avoir. La performance des entreprises aurait donc tout à y gagner.

En conclusion : une plus grande mixité changerait bel et bien la face du monde !

Bernard Stoessel, Consultant pour le magazine Le Monde Economique et Associé Fondateur de BS MANAGEMENT

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