La génération qui refuse de sacrifier sa santé mentale à l’entreprise

14 décembre 2025

<strong>La génération qui refuse de sacrifier sa santé mentale à l’entreprise</strong>

La santé mentale s’impose aujourd’hui comme l’un des enjeux majeurs du monde du travail. Longtemps marginalisée ou reléguée à la sphère intime, elle occupe désormais une place centrale dans le débat économique comme facteur déterminant de performance. Ce basculement doit beaucoup à la nouvelle génération, qui arrive sur le marché avec une vision profondément renouvelée de la réussite, du rapport au travail et de la place qu’il doit occuper dans une vie équilibrée. Ce changement culturel, loin d’être anecdotique, bouscule les organisations et les oblige à repenser leurs modèles.

Les jeunes actifs d’aujourd’hui ont grandi dans un monde instable, traversé par des crises successives, une accélération technologique permanente et une pression sociale omniprésente. Face à cela, ils ont développé une lucidité particulière : ils savent que la santé mentale n’est pas un supplément de confort, mais une condition essentielle pour mener une vie durablement productive. Ils n’acceptent plus l’idée que la réussite passe par le sacrifice de leur équilibre personnel. Pour eux, se préserver n’est ni un manque d’ambition ni une fuite, mais une forme de responsabilité envers soi-même, indispensable pour s’investir sur le long terme. Cette vision représente une rupture avec les générations précédentes, qui valorisaient souvent l’endurance, la disponibilité totale et la compétition comme preuves d’engagement professionnel. La génération actuelle remet en cause ce modèle qu’elle juge inadapté à un monde saturé d’informations et soumis à des exigences croissantes. Elle pose des limites non pour travailler moins, mais pour travailler dans de meilleures conditions, en refusant l’hyper-disponibilité devenue la norme. L’enjeu n’est pas de réduire la performance, mais de la rééquilibrer afin qu’elle puisse s’inscrire dans la durée. Cette manière d’aborder la vie professionnelle transforme en profondeur la notion même de réussite : le prestige d’un poste ou le niveau de rémunération ne sont plus les seuls critères de satisfaction. La cohérence des valeurs, la qualité du climat de travail, la possibilité de prendre du temps pour soi, l’existence d’un sens tangible dans les missions, mais aussi la capacité à maintenir une bonne santé mentale prennent désormais une importance équivalente, parfois supérieure. La réussite se mesure moins en termes d’avancement vertical qu’en capacité à s’épanouir dans un ensemble harmonieux. Les limites que posent ces jeunes actifs ne constituent pas une remise en cause de l’entreprise, mais une invitation à repenser son fonctionnement. Les excès du passé ont laissé des traces : burn-outs, démissions silencieuses, perte de sens et désengagement croissant. Ils refusent la normalisation de la surcharge, de l’urgence constante ou de la confusion entre vie personnelle et obligations professionnelles. Leur approche est pragmatique : pour être performants, il faut être en état de l’être..

Ce mouvement n’est pas un phénomène psychologique isolé mais une réalité économique. Les entreprises qui s’appuient encore sur des modèles fondés sur l’épuisement et la pression permanente voient leur attractivité diminuer. À l’inverse, celles qui prennent au sérieux ces nouvelles attentes découvrent un paradoxe instructif : lorsque l’on offre des conditions de travail équilibrées, les collaborateurs deviennent plus motivés, plus créatifs et plus impliqués. La santé mentale devient un levier stratégique, non par opportunisme mais parce qu’elle conditionne la pérennité des performances.

La génération actuelle conçoit également sa trajectoire professionnelle de manière différente. Elle refuse de s’enfermer dans une ligne droite prédéfinie et préfère s’autoriser des évolutions, des transitions, parfois des pauses. Elle accepte que la vie professionnelle ne soit pas un escalier à gravir coûte que coûte, mais un chemin où coexistent apprentissages, remises en question et besoins personnels. Cette vision plus souple répond à un monde incertain où la rigidité n’est plus un avantage. Elle permet aussi d’aborder le travail avec une autre perspective : non pas comme une fin en soi, mais comme un élément parmi d’autres d’une vie riche et variée.

Pour les entreprises, ce changement représente un défi majeur mais également une chance. Il oblige à revoir les modèles d’organisation, à repenser le management, à donner plus de place à la confiance et à instaurer une véritable culture du respect des équilibres. Il invite aussi à considérer les collaborateurs non comme des ressources remplaçables mais comme des individus dont la santé mentale influence directement la qualité du travail produit. Dans un monde traversé par l’incertitude et la complexité, cette génération apporte un rappel salutaire : la performance n’existe pas sans l’humain. Valoriser la santé mentale, intégrer la notion d’équilibre de vie et comprendre que la réussite passe aussi par l’alignement personnel ne sont pas des concessions, mais des impératifs stratégiques. Si elle est parfois critiquée pour son exigence, elle incarne en réalité une évolution indispensable du monde du travail. Elle rappelle que l’économie n’est durable que si les individus qui la portent le sont également.

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