Les investisseurs qui ont adopté en premier les actifs numériques sont les véritables investisseurs passifs

4 août 2022

Les investisseurs qui ont adopté en premier les actifs numériques sont les véritables investisseurs passifs

Par Pierre Debru, Head of Quantitative Research & Multi Asset Solutions, Europe Research WisdomTree

Investir ou ne pas investir dans les actifs numériques, telle est la question !

Vous pouvez tout du moins penser que c’est la question qu’il faut se poser si vous avez lu des articles sur la récente chute du cours des actifs numériques. Une telle question appelle une réponse binaire : comme si les deux seuls choix disponibles étaient la confiance aveugle ou la méfiance totale. Or il existe une question beaucoup plus pertinente à se poser, mais elle nécessite d’adopter une approche plus nuancée.

En contraste avec cette question binaire, citons les récentes discussions sur les pertes actuelles des actions et le risque de récession qui ne sont jamais exprimés en termes binaires. Il n’est pas fait mention de désinvestir à 100 % des actions. Dans leurs perspectives ou leurs commentaires de gestion, les gestionnaires d’actifs abordent : la sous-pondération des actions, la rotation des valeurs cycliques au profit des valeurs défensives, la priorité accordée aux entreprises de grande qualité. Autant de stratégies nuancées et mûrement réfléchies qui permettent à un investisseur de comprendre la situation et ses nombreuses incertitudes.

L’investissement dans les actifs numériques ou dans d’autres actifs n’a rien à voir avec une pièce de théâtre de Shakespeare. Les investisseurs ne négocient jamais en termes absolus. Tout tourne autour de scénarios et de probabilités.

Pourquoi serait-ce différent pour un investissement dans les actifs numériques ? Pourquoi les investisseurs n’adopteraient-ils pas la même approche nuancée de leur investissement dans les actifs numériques ?  Qu’un investisseur adopte une approche de portefeuille de marché en appliquant la pondération de 1 % aux actifs numériques par rapport à l’ensemble des classes d’actifs, ou qu’un investisseur adopte une approche à plus long terme pour bénéficier des effets des actifs numériques sur le ratio de Sharpe, il existe de nombreuses manières de réaliser une allocation qui équilibre les risques et les opportunités de cette classe d’actifs naissante.

Investir 1 % dans les actifs numériques : est-ce un choix rationnel ?

Ne pas investir dans les actifs numériques est en fait une décision de gestion active. Elle peut traduire une conviction que le segment des actifs numériques disparaîtra un jour complètement. Cette opinion peut se révéler ambitieuse. En effet, la capitalisation boursière des actifs numériques a atteint 3 000 milliards de dollars en novembre 2021[1]. En dépit de la correction actuelle, l’écosystème et le nombre de cas d’utilisation progressent régulièrement depuis plus d’une décennie. La taille des actifs numériques reste similaire à celles des petites capitalisations des marchés émergents, des sociétés d’investissement immobilier (REIT) cotées ou des obligations mondiales à haut rendement, soit des actifs qui font partie de la plupart des allocations d’actifs et des portefeuilles.

Le Graphique 1 présente le portefeuille de marché actuel, à savoir les différents actifs cotés disponibles aux investisseurs et pondérés par leur capitalisation boursière totale. Le marché total représente environ 160 000 milliards de dollars à la suite de la récente baisse des actifs risqués et les actifs numériques en représentent de l’ordre de 1 %. Afin de minimiser cet écart avec le portefeuille de marché hypothétique, un investisseur passif ou un investisseur non informé doit en théorie investir environ 1 % dans les actifs numériques. Il s’agit d’un choix rationnel en l’absence d’opinions ou d’informations supplémentaires. Il s’agit d’une position sûre qui permet à l’investisseur de bénéficier de la croissance continuelle du secteur dans des scénarios positifs et qui lui permet de plafonner les pertes (à 1 %) dans des scénarios plus négatifs.

Graphique 1 : Portefeuille de marché actuel

Source : Bloomberg, WisdomTree. Au 31 mai 2022. Les capitalisations boursières sont présentées en milliards de dollars. Il n’est pas possible d’investir directement dans un indice.

Pourquoi une croissance de 6 % par an est-elle suffisante pour justifier un placement dans les actifs numériques ?

Le principal refus d’un investisseur quand il s’agit d’investir dans les actifs numériques est généralement la volatilité et le risque de perte. Toutefois, ces craintes ont tendance à ignorer deux faits importants :

  • Quelle que soit la volatilité des actifs numériques, si un investisseur n’investit que 1 % dans les actifs numériques, sa perte maximale est de 1 %. Dans le cadre d’un portefeuille multi-actifs, les pertes de 1 % surviennent à de nombreuses reprises chaque mois sur les segments des actions ou des autres actifs risqués.
  • La performance requise pour justifier la volatilité similaire à celle des actifs numériques n’est pas aussi élevée que ne le pensent les investisseurs. Des actifs numériques qui progressent à plus de 6 % par an suffiront à justifier un investissement dans le portefeuille hypothétique.

Dans l’article sur la taxinomie récemment publié et intitulé « WisdomTree Insights – A New Asset Class: Investing in the Digital Asset Ecosystem », nous utilisons de multiples techniques d’allocation pour trouver le bon profil de rendement/risque offert à un investisseur dans les actifs numériques sur le long terme. À titre d’exemple, le Graphique 2 présente la différence entre le ratio de Sharpe d’un portefeuille investissant 1 % dans les actifs numériques par rapport à un portefeuille ne comportant pas d’actifs numériques. Le portefeuille illustré investit constamment à hauteur de :

  • 59 % dans l’indice MSCI All Country World
  • 40 % dans l’indice Bloomberg EUR Agg
  • et de 1 % dans les actifs numériques

La performance et le risque des actions et des obligations est estimée à l’aide des Hypothèses de performance à long terme des marchés de capitaux (« Long-Term Capital Market Assumptions » ou LTCMA) de J.P. Morgan Asset Management en 2022. Ces hypothèses visent à estimer les performances, la volatilité et la corrélation sur les dix prochaines années. La corrélation historique des actifs numériques avec les actions et les obligations est utilisée. Nous faisons varier de 0 à 100 % la performance et la volatilité annualisées des actifs numériques afin d’étudier leur impact sur le portefeuille illustré.

Graphique 2 : la volatilité et la performance futures des actifs numériques doivent varier très fortement pour ne pas bénéficier à un portefeuille multi-actifs

Source : Bloomberg, WisdomTree. Du 31 décembre 2014 au 31 mai 2022. Calculé en euros sur la base des performances mensuelles. Il n’est pas possible d’investir directement dans un indice. La performance historique n’est pas une indication de la performance future et tout investissement peut évoluer à la hausse comme à la baisse. À titre d’illustration uniquement

Il apparaît clairement que pour la plupart des niveaux de volatilité et de performance des actifs numériques, le ratio de Sharpe du portefeuille bénéficie de leur intégration au portefeuille (en ‘vert’ dans le Graphique 2). Les actifs numériques ont signé une performance de 99,2 % par an avec une volatilité de 97 % au cours des sept dernières années environ. Si le fait que les actifs numériques puissent enregistrer des performances comme celles-ci sur les 10 prochaines années est contestable, en supposant que la volatilité reste la même (99 %), le ratio de Sharpe d’un portefeuille 60/40 est amélioré par l’inclusion d’actifs numériques à condition qu’ils enregistrent une performance d’au moins 6 % par an.

Face à cette analyse, les investisseurs pourraient finalement argumenter qu’il est trop tard pour investir dans les actifs numériques et que cette croissance exponentielle fait partie du passé. Or du point de vue de l’allocation d’actifs, cela n’est pas si évident. En examinant le Graphique 2 plutôt qu’en posant la question shakespearienne ‘investir ou ne pas investir dans les actifs numériques, telle est la question’, la seule question pertinente est en réalité : les actions numériques vont-ils croître de plus de 6 ou 7 % à l’avenir ?

Si vous estimez que la réponse est oui, alors ils méritent d’être intégrés à votre allocation d’actifs.

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