Interview de Julie Huguet: « Ce qu’on appelle le freelancing est un mouvement, une manière de travailler »

Interview de Julie Huguet: « Ce qu’on appelle le freelancing est un mouvement, une manière de travailler »

23 avril 2021

Photos © Coworkees

Julie Huguet – Co-Founder & CEO de Coworkees

International Leader : Lors de sa dernière assemblée générale extraordinaire, les actionnaires de Freelance.com se sont prononcés en faveur d’un apport en nature de l’intégralité des titres de la société Coworkees au profit de Freelance.Com. Plutôt une bonne nouvelle pour une jeune pousse sortie d’Annecy en Haute-Savoie ?

Julie Huguet : En effet, on va dire que 2021 commence plutôt bien avec un rapprochement prometteur pour Coworkees ! Le groupe freelance.com, leader de la relation clients grands comptes/talents externes a développé depuis 1995, un savoir-faire unique sur tout ce qui touche à son marché. Du sourcing au portage salarial en passant par le portage commercial et la compliance ; le groupe a fait 375 millions de CA en 2020 avec une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années. Ce rapprochement va permettre à Coworkees d’accélérer son activité en bénéficiant de nombreux référencements auprès de grands comptes tels que La Poste, Sncf, l’Oréal.

Proposition : A son échelle, Coworkees va pouvoir apporter son savoir-faire sur les sujets de développement de plateforme digitale pour optimiser les parcours utilisateurs et sur l’animation de communauté ; tout en faisant bénéficier au groupe de son réseau d’experts du marketing et de la communication pour approcher d’autres marchés.

International Leader : Lancée avec un premier tour de table de €250k par ses fondateurs et une levée de fonds de 1.2 million en décembre 2018, Coworkees a affiché en 2020, un résultat supérieur de 43%. Peut-on dire que Coworkees est une startup en hyper-croissance ?

Julie Huguet : Depuis le lancement de notre première plateforme en janvier 2018, Coworkees.com n’a eu de cesse d’accélérer. La première année nous avons géré 100 projets, l’année suivante 400, puis plus de 800 en 2020. Comme toutes les startups en croissance, nous avons maintenant besoin de moyens pour nous développer à grande échelle, ce que le groupe peut nous apporter.

International Leader : Les secteurs de la biotech, de la medtech ainsi que celui des technologies de l’information et de la communication sont généralement les grands bénéficiaires des fonds de capital-risque. Qu’est-ce qui séduit dans votre modèle ?

Julie Huguet : Je pense que ce que regarde les fonds d’investissement d’une manière générale, c’est avant tout la scalabilité du business model. Lorsqu’une entreprise s’appuie sur la Tech, c’est soit qu’elle innove et disrupte son marché, soit qu’elle propose un modèle scalable. Dans les deux cas, le potentiel retour sur investissement pourra intéresser les fonds. Cela étant, chaque typologie de tech a ses spécificités et signes de tractions propre à son secteur.

International Leader : Il parait évident que nombre d’entreprises évolueront vers un modèle où le personnel à plein-temps sera limité. Les entreprises utiliseront de plus en plus des partenaires externes pour renforcer les « core competencies ». Pour que la collaboration soit bénéfique entre les deux parties et éviter que les freelances soient gérés comme des employés, quels sont les clés de réussite d’une meilleure intégration ?

Julie Huguet : Les entreprises et la gestion des compétences évoluent fortement, et cette tendance est accélérée par les années « covid » que l’on traverse et l’augmentation du télétravail. Les salariés travaillent à distance, prennent de nouvelles fonctions sans rencontrer réellement les équipes. On travaille en mode projet, on fait appel à des freelances régulièrement… Les choses bougent. Les salariés d’aujourd’hui, sont les freelances de demain, et vice versa. Un collaborateur peut quitter une entreprise et la retrouver quelques temps après. C’est la culture RH qui doit changer. Il est essentiel de s’intéresser à l’onboarding, à la gestion de sa communauté d’actifs, à la sortie des collaborateurs ou de ses freelances.

Je ne pense pas qu’il faille opposer les salariés aux freelances, mais simplement adapter les outils utilisés à la gestion des freelances. Ce qui va différencier un freelance d’un salarié c’est le temps. Le temps qu’il va rester dans la société, le temps qu’il peut consacrer à l’onboarding et à la formation, le temps qu’on peut consacrer à son recrutement ou à son référencement.

C’est d’ailleurs pour cela que notre modèle fonctionne, on facilite la gestion des indépendants (recrutement, paiement, contractualisation…), et on s’occupe de couvrir les besoins des indépendants (onboarding, formation, statuts..). Grâce à notre intervention entre les entreprises et leurs freelances, on pérennise les relations, ce qui est la garantie que ces compétences pourront et voudront travailler pour les clients.

International Leader : LinkedIn développe actuellement une nouvelle plateforme de mise en relation entre clients et freelances. Avec cette nouvelle offre, le réseau social numéro 1 des professionnels ne se placerait-il pas en concurrence directe avec Coworkees ?

Julie Huguet : Derrière Coworkees et le groupe freelance.com, il y a un savoir faire autre qu’une plateforme. On est sur un modèle « phygital » dans lequel on accompagne entreprises et freelances sur bien plus d’étapes que le « sourcing ». Si Linkedin peut venir concurrencer le groupe sur la partie sourcing, cet outil ne vient pas empiéter sur le reste de nos activités.

D’autre part, on peut déjà se servir de Linkedin pour sourcer des freelances, mais les clients ont rarement le temps de gérer leurs pools d’indépendants eux-mêmes. Je pense qu’au contraire, l’arrivée de Linkedin envoie un signal positif et fort qui est que le marché de l’emploi devient flexible. Cette flexibilité sera un jour la norme et il est essentiel de s’y préparer dès aujourd’hui.

International Leader : Face à l’insécurité de l’emploi depuis le coronavirus, le métier de freelance a su séduire davantage de personnes. Peut-on espérer voir le phénomène du freelance en Europe tenir la distance face au système classique de l’emploi ?

Julie Huguet Coworkees.ch

Julie Huguet : Être freelance, c’est vouloir vendre ses compétences à un ou plusieurs clients, le temps d’un projet ou pour du long terme.

Cette façon de travailler, différente du salariat traditionnel, séduit de nombreux actifs en quête de sens, de liberté…Travailler à son rythme, choisir ses projets ou clients fait rêver bon nombre de générations. On constate que les indépendants ont également en commun une grande soif d’apprendre et d’acquérir de nouvelles compétences, souvent inassouvie avec un emploi salarié. En effet, peu d’entreprises peuvent offrir à leurs collaborateurs une évolution de ses tâches à un rythme soutenu, ainsi que la possibilité de gérer plusieurs métiers en même temps ou de se former à de nouveaux. Par ailleurs, la pénurie de certaines compétences, comme dans le numérique rassure les actifs sur le fait qu’à leur compte, ils n’auront pas de mal à trouver des missions.

Et puis, dans l’entreprise elle-même, les modes de travail évoluent. Tout devient flexible. On travaille à distance, on utilise des outils collaboratifs. On est à un pas du freelancing. Ce qu’on appelle le freelancing est donc un mouvement, une manière de travailler. D’abord lancé par les métiers pénuriques du numérique, il s’étend grâce à nos nouveaux modes de travail à d’autres fonctions dans l’entreprise tels que le marketing et la communication, comme on le constate chez Coworkees.

Pour répondre à votre question, sur le fait que les indépendants résistent à la crise, et bien la réponse est que ce mouvement ne s’éteindra pas avec la crise. On ne peut pas nier que certains indépendants spécialisés dans des secteurs tels que le tourisme ou l’évènementiel sont particulièrement touchés par la crise, tout comme de nombreuses entreprises le sont également. Malgré tout, les indépendants ne renonceront pas à leur mode de vie. Ils préfèreront s’orienter vers des statuts d’indépendants plus confortables, comme le portage salarial que nous proposons avec AD’Missions, grâce auquel les indépendants ont pu bénéficier du chômage partiel, au même titre que les salariés. Concernant notre secteur d’activité, on constate que la crise pousse les entreprises à faire appel à plus de freelances paradoxalement, particulièrement dans le digital, comme notre croissance des derniers mois peut le prouver.

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