Photo: Dr M. Heldmann © Allianz
Par Dr Michael Heldmann, CIO Actions chez Allianz Global Investors
En science, l’être humain est qualifié d’Homo sapiens – un être sage et rationnel. Dans la réalité, y compris lorsqu’il s’agit d’investir, nous agissons toutefois souvent de manière émotionnelle ou nous nous laissons guider par des influences sociales. Trois phénomènes comportementaux jouent ici un rôle central : le comportement moutonnier, l’excès de confiance et les biais de perception. Il convient d’identifier ces mécanismes et de les éviter de manière systématique.
Les êtres humains prennent des décisions de deux façons : de manière rationnelle et réfléchie, ou de manière intuitive et impulsive. Daniel Kahneman a décrit, dans son livre Thinking, Fast and Slow, deux systèmes de pensée ; dans le langage courant, on parle volontiers du petit ange (rationnel) et du petit démon (instinctif) perchés sur nos épaules. À l’époque préhistorique, notre côté intuitif nous aidait à réagir rapidement face aux dangers. Aujourd’hui, cette même impulsivité influence aussi nos décisions financières – souvent sans que nous en ayons conscience.
Le comportement moutonnier apparaît lorsque les individus, par peur de rater quelque chose (FOMO – Fear Of Missing Out), suivent le mouvement de la foule. Un exemple historique est la crise de la tulipe aux Pays-Bas au XVIIᵉ siècle, lorsque les bulbes de tulipes atteignirent des prix absurdes avant que le marché ne s’effondre. D’autres exemples ont suivi : la bulle boursière des années 1920 et le krach de 1929, la bulle immobilière et boursière japonaise de la fin des années 1980, la bulle Internet des années 1990, ainsi que les engouements plus récents autour des « hypes » actions et des cryptomonnaies.
Le comportement moutonnier pousse les investisseurs à acheter à des prix excessifs dans des marchés euphoriques et à vendre dans la panique en période de crise. Des émotions telles que la cupidité et la peur en sont de puissants moteurs.
L’être humain apprend en permanence. Mais sur des marchés complexes, personne ne peut tout maîtriser. Nous surestimons donc souvent nos propres connaissances et capacités – un phénomène connu sous le nom d’effet Dunning-Kruger.
Un exemple classique d’excès de confiance est Eastman Kodak. L’entreprise a dominé pendant des décennies le marché de la photographie et a même inventé l’appareil photo numérique en 1975. La direction a toutefois mis cette innovation de côté afin de protéger son activité très rentable de films photographiques. La concurrence et le changement technologique ont finalement conduit au déclin de Kodak.
Les investisseurs aussi peuvent devenir excessivement confiants. Lorsque les cours des actions montent, le succès est souvent attribué à ses propres compétences. En 2023–2024, par exemple, les grandes entreprises technologiques américaines ont dominé les marchés boursiers. L’engouement généralisé pour l’intelligence artificielle a rendu ces actions relativement faciles à identifier, mais un excès de confiance a pu rendre les investisseurs aveugles aux risques lorsque les performances ont commencé à diverger.
L’excès de confiance présente une autre dimension : le biais de confirmation (confirmation bias). Les individus ont tendance à rechercher et à privilégier les informations qui confirment leurs convictions existantes, tandis que les signaux contradictoires sont ignorés. À l’ère des réseaux sociaux et des fils d’actualité personnalisés, cet effet est encore renforcé. Les investisseurs devraient donc activement rechercher des informations susceptibles de remettre en question leurs propres points de vue – même si cela peut parfois être inconfortable.
Notre cerveau simplifie en permanence l’information. C’est efficace, mais cela peut conduire à des erreurs systématiques. Deux exemples :
Premièrement, le biais domestique. Les investisseurs ont tendance à investir principalement dans leur propre pays. Une étude de Barclays datant de 2023 a par exemple montré que les investisseurs britanniques consacraient environ 25 % de leur portefeuille à des actions britanniques, alors que le Royaume-Uni ne représente qu’environ 4 % de la capitalisation boursière mondiale. Cette préférence limite la diversification et, par conséquent, une gestion efficace des risques.
Deuxièmement, l’effet d’ancrage. L’effet d’ancrage se produit lorsque les individus sont inconsciemment influencés par un point de référence. Sur les marchés financiers, cela se produit souvent autour de chiffres ronds ou de records historiques. Lorsque, par exemple, l’indice allemand DAX a franchi début 2026 le seuil des 25 000 points, ou que Nvidia a atteint en 2025 une capitalisation boursière de plus de 4 000 milliards de dollars américains, ces jalons ont suscité une grande attention. D’un point de vue objectif, ces chiffres ronds ne sont toutefois pas plus significatifs que d’autres. Sans contexte – par exemple un ajustement à l’inflation – de tels records disent peu de chose sur les valorisations réelles.
Comment les investisseurs peuvent-ils éviter ces pièges comportementaux ? Une solution possible réside dans des stratégies d’investissement systématiques. Celles-ci reposent sur des recherches scientifiques et des données historiques, sont mises en œuvre selon des processus rigoureux, mesurent et pilotent systématiquement les risques et évitent les réactions émotionnelles.
Les ordinateurs ne connaissent ni la peur ni la cupidité. Les actions ne sont achetées que lorsqu’elles répondent à des critères objectifs, et vendues lorsque ce n’est plus le cas. Cela contribue à réduire le comportement moutonnier, les ventes de panique et les concentrations excessives.
Cela étant, les stratégies systématiques ne sont pas non plus une panacée. Les données peuvent être biaisées et les modèles peuvent comporter des erreurs. Une supervision et un contrôle humains restent donc indispensables. Les processus systématiques doivent être conçus, surveillés et affinés avec soin. En fin de compte, investir ne consiste pas à choisir entre l’homme et la machine, mais à combiner les deux.
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