Étude de Strategy& : L’hydrogène vert sera compétitif en 2030

Étude de Strategy& : L’hydrogène vert sera compétitif en 2030

10 mai 2021

  • Le besoin mondial en hydrogène va progresser entre 2019 et 2030, passant de 71 à 88 millions de tonnes, avant de doubler pour atteindre 137 millions de tonnes en 2040
  • Il rend possible une réduction des émissions dans le transport, l’aviation et l’industrie
  • La constitution du marché mondial dépend des exportateurs d’énergie verte

Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, la décarbonisation doit progresser de 12 % par an jusqu’en 2030 à l’échelle mondiale. La création d’une économie de l’hydrogène à faibles émissions de carbone peut donc s’imposer comme l’une des pierres angulaires de la transition énergétique, comme le souligne l’étude intitulée Établir les bases d’un marché de l’hydrogène à faibles émissions de carbone en Europe réalisée par Strategy&, l’entité conseil en stratégie de PwC. Compte tenu de l’engouement non démenti pour le développement durable, qui verra le remplacement progressif des hydrocarbures dans l’économie, la demande mondiale en hydrogène devrait presque doubler entre 2019 et 2040, passant de 71 à 137 millions de tonnes. Un chiffre qui pourrait même être multiplié par sept, pour atteindre 519 millions de tonnes en 2070. En 2070, l’hydrogène sera surtout utilisé dans les transports (30 %), l’aviation (20 %), l’industrie (15 %) mais aussi dans la production d’électricité (15 %). La Suisse enregistre déjà les premiers projets du secteur privé promouvant l’utilisation de camions à hydrogène. L’hydrogène pourrait par ailleurs permettre de réduire les émissions dans des domaines où cela était encore difficile pour des raisons de rendement énergétique, comme la sidérurgie ou la fabrication de kérosène synthétique.

« Tout d’abord, il faut stimuler la demande d’hydrogène à faibles émissions de carbone en Europe grâce à des subventions ciblées. Les États devraient ensuite élaborer des programmes de soutien axés sur l’industrie, qui luttent pour sa propre décarbonisation, tout en prévoyant certaines économies d’échelle et, idéalement, une infrastructure compatible avec l’hydrogène, notamment des pipelines. Outre les incitations financières, il faut aussi créer des plateformes innovantes permettant aux entreprises intéressées de limiter les risques d’investissement par des coopérations stratégiques », analyse Matthias Witzemann, co-auteur de l’étude et associé chez Strategy& Autriche.

Afin que l’hydrogène vert puisse s’imposer, il faut compenser sa cherté par rapport aux technologies carbonées. À l’heure actuelle, l’électricité employée dans son processus de fabrication représente 60 à 70 % des coûts variables. L’hydrogène vert pourrait toutefois devenir tout à fait compétitif dès 2030 si le coût de revient de l’électricité (levelized cost of energy ou LCOE) produite à partir d’énergies renouvelables passe sous la barre des 20 dollars le mégawatt heure avec une hausse parallèle des taxes sur le CO2.

L’explosion de la demande énergétique liée à la production d’hydrogène pourrait transformer en exportateurs d’électricité et d’hydrogène verts, des pays tels que le Canada et le Maroc qui offrent le meilleur potentiel en termes d’énergies renouvelables. Les pays industrialisés comme l’Allemagne, la France ou le Japon deviendraient eux plutôt des importateurs. Outre la disponibilité d’une énergie verte bon marché, celle de l’eau est également déterminante. La production d’un kilo d’hydrogène nécessitant 22 litres d’eau, les bassins industriels très denses se prêtent peu à la production. 

« La percée de l’hydrogène vert impliquera de relier l’offre et la demande par des moyens de transport et des lieux de stockage intelligents. La Suisse dispose par exemple d’un très bon réseau gazier qui pourrait servir au transport de l’hydrogène moyennant quelques adaptations », explique Marc Schmidli, associé et Deals and Valuation Leader chez PwC Suisse. 

Avec l’augmentation des besoins, le transport de l’hydrogène nécessitera 6800 km de conduites en Europe d’ici 2030, et 23 000 km dès 2040. Le marché de l’hydrogène de demain doit par ailleurs être pensé sous un angle mondial pour profiter de l’énergie verte bon marché des pays exportateurs. « Le dialogue avec les instances de régulation et l’utilisation ciblée des incitations donneront l’occasion aux entreprises de participer à l’essor du marché » ajoute Marc Schmidli.

La stratégie européenne en matière d’hydrogène prévoit principalement l’élaboration d’un programme visant à promouvoir l’investissement stratégique dans les technologies à hydrogène écologiques et à stimuler la production et l’utilisation des sources d’énergie vertes. Il est également prévu de fixer un cadre réglementaire au marché européen de l’hydrogène. Cette stratégie sera complétée par le soutien à la recherche et à l’innovation et le renforcement des coopérations internationales.

« L’hydrogène jouera un rôle central dans l’atteinte des objectifs ESG. Outre les possibles baisses des émissions, l’occasion de faire figure de précurseur technologique et les perspectives économiques constituent des critères importants de la stratégie européenne en matière d’hydrogène. Pour financer la transition et bâtir le marché ainsi généré, il faut désormais renforcer l’image de l’hydrogène comme opportunité d’investissement vert dans l’esprit des investisseurs » commente Peter Gassmann, responsable européen de Strategy& et responsable ESG mondial chez PwC.

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