Pourquoi douter de la volonté bienfaitrice de la Chine envers l’Afrique ?

7 décembre 2021

Pourquoi douter de la volonté bienfaitrice de la Chine envers l’Afrique ?

Alors que le 1er jour de 2021 a vu le lancement par la Chine de son premier accord de libre-échange avec l’Île Maurice, l’Empire du Milieu continue de resserrer son étau, notamment grâce à son programme « One Belt, One Road ». Depuis 2008, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique. Elle a élaboré une stratégie particulière pour étendre sa croissance. Mais est-ce toujours selon le principe de la coopération économique du « gagnant-gagnant » ? Nous développerons ici cet aspect-là, mais aussi un aspect moins gagnant pour l’Afrique, avec des conséquences mitigées sur le développement du continent.

Stratégie et coopération « gagnant-gagnant »

Depuis bientôt un demi-siècle de relations, l’Empire du Milieu et l’Afrique ont vu leurs relations se resserrer. Aujourd’hui, la Chine s’inscrit comme le principal bâtisseur dans les pays africains. Elle n’hésite pas à investir massivement dans les infrastructures telles que réseaux de transport, hôpitaux, bâtiments divers. Ce qui a un effet sur le développement local certain, permettant de désenclaver certaines régions par exemple, ou encore d’avoir accès à la santé.

Sa stratégie est basée sur le fait que plus un pays – africain – est risqué, moins il y aura d’acteurs sur le terrain. Et plus les opérations envisagées aboutiront. Elle raisonne ainsi à l’inverse de l’Europe et des États-Unis. Gagnante l’Afrique ? Oui, car depuis plus de 40 ans, une grande partie de l’élite du continent est formée en Chine. Les pays bénéficient des infrastructures construites. Mais pourquoi douter de la volonté bienfaitrice de la Chine envers l’Afrique ?

Qui gagne, perd !

Ce sur quoi la Chine ne communique pas, c’est l’envers de l’accord. L’Afrique est la seule zone géographique pour laquelle la Chine a adopté une politique gouvernementale, en 2006, et toujours valable. Elle vise les directions et les mécanismes des objectifs de partenariat stratégique. La Chine finance, à travers l’Aide pour le Développement – ADP , divers pays africains. Les prêts atteignant des sommes gigantesques et en imposant plusieurs façons de se faire rembourser.

Tout d’abord, le pays emprunteur se voit déposséder des infrastructures qu’elle bâtit : elles deviennent des garanties, comme une hypothèque. Ainsi, la Zambie s’est vue forcée de céder sa société de radiotélévision, ZNBC, de négocier la cession de l’aéroport de Lusaka et de sa société nationale d’électricité, ZESCO. Ceci pour ne citer qu’un pays.

L’autre moyen de remboursement concerne les ressources naturelles en abondance sur le continent. La Chine en a terriblement besoin pour faire face à sa croissance. Ainsi l’Angola, qui a accepté un prêt de 2 milliards de dollars pour le développement infrastructurel du pays, préfère payer la Chine avec des hydrocarbures. D’autres pays remboursent leur prêt en fournissant du bois brut ou des métaux. Le Fonds Monétaire International met pourtant en garde depuis longtemps les pays africains face à l’augmentation incroyable de leur endettement. Seulement ces avertissements restent sourds face à des gouvernements corrompus et heureux d’avoir trouver de nouvelles sources d’enrichissement illégales.

Résultats de la dynamique de ces échanges

Généralement avec les grands chantiers viennent des retombées économiques. Au Ghana, pour la route reliant Accra à Kumasi, en vue de désenclaver le centre du pays, les Ghanéens n’ont eu aucune retombée économique. Ce type de chantier entraîne une forte création d’emplois de divers types. Les travailleurs, bâtisseurs, sont les premiers bénéficiaires. Puis, il y a toutes sortes de petits emplois qui se greffent, notamment pour les femmes vendant de la nourriture ou réparant les vêtements et chaussures des travailleurs. Au Ghana, ce sont des prisonniers chinois, « importés », qui ont bâti cette route.

De même, lorsqu’un pays laisse ses matières premières brutes partir vers la Chine, en remboursement de sa dette, l’économie ne voit aucune retombée. Aucun emploi, aucune valeur ajoutée n’ont été créés. Avec une meilleure entente régionale des pays africains, des solutions de transformation des produits pourraient être développées. Cela aurait un effet réel positif sur l’environnement économique.

Que penser donc de la Chine qui pousse vers le développement d’un régime lui ressemblant : le capitalisme social étatique autoritaire. Heureusement, une étude de Afrobaromètre, institut panafricain de recherches, montre que les Africains préfèrent toujours, pour 32 %, le modèle du marché libre américain, contre 23 % pour le modèle chinois de planification politique.

Que penser aussi de la volonté impérialiste de l’Empire du Milieu de saisir des parts de marché, à travers ses grands groupes ? Ainsi Huawei et ZTE deviendraient des acteurs incontournables dans les télécommunications ou le digital. Quelle serait alors la souveraineté d’un État qui n’aurait plus le contrôle de ses moyens de communication, après avoir perdu le contrôle de ses matières premières et de ses infrastructures ?

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