Bill Gates et les rouages du « philanthrocapitalisme »

Bill Gates et les rouages du « philanthrocapitalisme »

5 septembre 2021

Néologisme utilisé pour la première fois par Matthew Bishop, rédacteur de la revue The Economist, le philanthrocapitalisme peut être défini comme un moyen d’être philanthrope tout en utilisant les théories capitalistes, le capitalisme pouvant œuvrer au bien des êtres humains. Le titre du livre de M. Bishop, publié suite à son article, est un bon résumé : « Philanthrocapitalism : How the Rich can save the world » ou « Philanthrocapitalisme : Comment les riches peuvent sauver le monde ».

Notons ici que non seulement les États-Unis ne connaissent pas d’augmentation des dons depuis les années 70, mais la part des dons des plus riches ne représente que 25 %, les donations de particuliers et dons par testament représentant un montant quatre fois supérieur aux dons des fondations, dont la Fondation Gates ! Alors qu’est-ce donc que ce philanthrocapitalisme ? La Fondation Gates est certainement la meilleure illustration pour répondre à cette question.

La Fondation Gates, l’agriculture et l’Afrique

En Afrique, la Fondation est très impliquée dans l’agriculture, puisqu’elle veut permettre à chacun de manger et sortir de la pauvreté extrême. En marge du « One Planet Summit » de 2017 à Paris, la Fondation Bill et Miranda Gates a annoncé l’investissement de 300 millions de dollars dans la recherche agricole en faveur des paysans les plus pauvres.

En réalité, cela signifie que la Fondation favorise les OGM pour l’Afrique en finançant, certes des recherches, mais surtout celles effectuées par le groupe Monsanto, dont la Fondation avait acquis 500 000 actions en 2010, mais a dû depuis les revendre face au tollé mondial. En effet, celui qui représente 90 % du marché mondial des graines transgéniques et la plupart des graines commerciales a été financé durant plusieurs années par la Fondation Gates dont le dirigeant possède 90 % du marché mondial de l’informatique.

Et nombreux sont les exemples d’échec de la « politique agricole » de la Fondation Gates en Afrique. Un des plus parlant est sûrement celui de l’alliance pour une révolution verte en Afrique, AGRA, lancée par les fondations Gates et Rockefeller en 2006 avec un projet de 1 milliard de dollars et des semences à haute rentabilité qui a conduit à augmenter de 30 % le nombre d’individus sous-alimentés dans 13 des 20 pays visés par le projet. Des cultures adaptées, résistantes à leur environnement ont été déplacées au profit de monocultures extensives, comme le précise Timothy Wise (chercheur principal à l’Institut du développement mondial et de l’environnement de l’Université Tufts de Boston) dans son article publié pour Alencontre.org.

Le philanthrocapitalisme en pratique

L’ONG Grain, dans son article « Comment la Fondation Gates pousse le système alimentaire dans la mauvaise direction »démontre que sur les 3 milliards de dollars investis dans le développement agricole en Afrique depuis 2003, la Fondation a financé 5 % de subventions directement au continent africain, 50 % de subventions à des organisations internationales et le reste à des entreprises américaines de recherches.

Tout comme en apportant son soutien au principe de monopole des laboratoires pharmaceutiques sur les brevets de vaccins en pleine pandémie de COVID 19, Bill Gates a démontré que l’accès au vaccin pour le plus grand nombre n’était pas sa priorité. Est-ce que la Fondation Gates a investi dans ce type d’entreprises ?

Pourtant il apparaît maintenant, en juillet 2021, que les organisations participant à la plateforme COVAX d’accès pour tous aux vaccins partagent un point identique : toutes reçoivent des financements de la Fondation Gates, très engagée dans l’accès équitable aux vaccins. Si bien que lorsque Bill Gates dit, je cite : Il n’y a pas de solution nationale à une crise globale. Tous les pays doivent travailler ensemble pour stopper la pandémie et commencer à reconstruire les économies.

Ceci intervenant peu après qu’il ait supporté le monopole sur les brevets des vaccins, on en tire toute la logique du philanthrocapitalisme. Et comble et conclusion du philanthrocapitalisme, la Fondation Gates n’investit que les intérêts générés par ses placements et ne touche jamais au capital de la Fondation.

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