Actions suisses : la qualité comme avantage structurel

18 mars 2026

<strong>Actions suisses : la qualité comme avantage structurel</strong>
Pourquoi une approche fondée sur la conviction peut tirer parti de la résilience, du pouvoir de fixation des prix et de la capitalisation à long terme

Par Illya Lebedynets, gestionnaire de portefeuille principal du fonds DWS (CH) Swiss Equities High Conviction Fund

Illya Lebedynets © DWS

Le marché suisse des actions occupe une place particulière dans les portefeuilles mondiaux. Il combine des leaders mondiaux, un cadre institutionnel stable et une monnaie qui s’est appréciée en termes réels au fil des décennies. Dans ce contexte, investir dans les actions suisses nécessite plus qu’une exposition passive à des caractéristiques défensives. Une approche fondée sur la conviction cherche à identifier les entreprises capables de générer de la valeur de manière durable dans des environnements de marché variables.

Une telle approche repose essentiellement sur une vision claire de la durabilité des bénéfices. Les entreprises ne méritent des capitaux que si l’on a une forte confiance dans leur capacité à générer des flux de trésorerie tout au long des cycles. Cela nécessite une compréhension approfondie des raisons pour lesquelles les marges sont durables et de la manière dont la croissance est générée, que ce soit par l’innovation, l’amélioration de la gamme de produits, l’excellence opérationnelle ou l’exposition aux tendances structurelles de la demande.

Les entreprises qui disposent d’un pouvoir de fixation des prix clair, d’un positionnement concurrentiel solide dans leur niche et d’une allocation de capital rigoureuse ont tendance à se démarquer. Dans un cadre d’allocation concentrée, chaque participation doit avoir son importance. La conviction s’exprime non seulement dans la taille de la position, mais aussi dans la volonté de conserver les investissements pendant les périodes de volatilité, à condition que les fondamentaux restent intacts. La croissance à long terme est rarement linéaire ; la patience et la discipline sont des éléments essentiels de la conviction.

Au-delà des étiquettes sectorielles

Le marché suisse est souvent associé à des pondérations importantes dans les secteurs de la santé et des biens de consommation courante. Si cela peut suggérer à première vue une concentration sectorielle, la gestion des risques uniquement par le biais de limites sectorielles peut être trompeuse. Ce qui importe davantage, c’est l’exposition économique.

Les entreprises regroupées au sein d’un même secteur présentent souvent des différences substantielles en termes de marchés finaux, de structures de coûts et de moteurs de croissance. Dans le secteur de la santé ou des biens de consommation courante, certaines entreprises sont axées sur l’innovation et diversifiées à l’échelle mondiale, tandis que d’autres sont principalement des générateurs de flux de trésorerie défensifs. La véritable diversification ne réside donc pas dans les étiquettes, mais dans les modèles économiques sous-jacents.

Un cadre fondé sur la conviction met l’accent sur l’identification des facteurs de risque qui se recoupent, tels que la sensibilité à la croissance mondiale, les fluctuations monétaires ou les coûts des intrants, et sur leur gestion grâce à un dimensionnement judicieux des positions. En se concentrant sur les moteurs économiques plutôt que sur des contraintes sectorielles mécaniques, les investisseurs peuvent tirer parti des atouts structurels du marché suisse sans concentrer involontairement des risques similaires.

La sélection des titres comme principal moteur

Au fil du temps, la sélection des actions a eu tendance à être le moteur principal des résultats des actions suisses. L’allocation sectorielle et l’exposition au style peuvent influencer les rendements de manière périodique, mais la performance durable est plus étroitement liée à l’identification des entreprises capables de générer une croissance des bénéfices supérieure aux attentes du marché.

Lorsque la croissance se raréfie, la dispersion des performances augmente souvent. La capacité à faire la différence entre les véritables entreprises à forte croissance et celles qui bénéficient d’une dynamique temporaire devient alors particulièrement importante. Un processus de recherche rigoureux, axé sur la solidité du bilan, le rendement du capital investi et les opportunités de réinvestissement, permet d’opérer cette distinction.

L’objectif n’est pas de prédire les changements macroéconomiques, mais de se concentrer sur les entreprises qui présentent des caractéristiques de croissance autonome. Les entreprises qui peuvent réinvestir à des rendements attractifs et renforcer leurs avantages concurrentiels au fil du temps sont mieux placées pour générer des rendements résilients à long terme.

Le franc suisse comme filtre de qualité

La dynamique monétaire fait partie intégrante de l’histoire des actions suisses. Le franc suisse s’est apprécié en termes réels effectifs au cours des dernières décennies, reflétant la stabilité institutionnelle, la compétitivité et la solidité de la balance des paiements. Plutôt que de considérer la force de la monnaie comme une distorsion temporaire, elle peut être comprise comme une caractéristique structurelle du marché.

Les entreprises suisses opèrent dans ce contexte difficile depuis de nombreuses années. Dans la pratique, l’appréciation soutenue de la monnaie agit comme un test de résistance continu. Seules les entreprises disposant d’un pouvoir de fixation des prix solide, de produits à forte valeur ajoutée et d’une flexibilité opérationnelle sont en mesure de défendre leurs marges et de réinvestir tout au long des cycles. Au fil du temps, cela a renforcé le profil de qualité du paysage entrepreneurial.

Évaluer le risque de change au niveau de l’entreprise, plutôt que de se fier uniquement à des couvertures, permet aux investisseurs de se concentrer sur la résilience structurelle. Les entreprises dont les revenus sont diversifiés à l’échelle mondiale, dont les coûts sont adaptables et qui ont la capacité de compenser les effets de change par des gains de prix ou de productivité sont mieux positionnées dans un environnement de devises fortes. Dans ce contexte, la volatilité des devises peut servir de filtre qui met en évidence la force concurrentielle.

Opportunités dans un environnement incertain

À mesure que les marchés évoluent, des opportunités apparaissent souvent lorsque l’incertitude à court terme contraste avec des fondamentaux solides à long terme. Certaines entreprises industrielles et technologiques, ainsi que des sociétés en pleine transition opérationnelle ou stratégique, peuvent offrir des points d’entrée intéressants lorsque leurs valorisations ne reflètent pas pleinement leur potentiel structurel.

Dans le même temps, la discipline en matière de valorisation reste essentielle. Certaines entreprises suisses de grande qualité sont évaluées sur la base d’une croissance très stable, ce qui laisse une marge d’erreur limitée. La patience et la sélectivité sont donc essentielles pour maintenir un profil risque/rendement équilibré.

Pour les investisseurs ayant des engagements en francs suisses, les actions nationales offrent une exposition à des entreprises compétitives à l’échelle mondiale dont les modèles économiques sont structurellement adaptés à une monnaie forte et en appréciation. Lorsque les valorisations étrangères sont élevées ou que les effets de change créent des vents contraires, les actions suisses peuvent offrir un moyen de réduire l’impact négatif des devises tout en conservant l’accès à l’innovation, au pouvoir de fixation des prix et à la capitalisation à long terme.

Une approche fondée sur la conviction à l’égard des actions suisses repose en fin de compte sur un cadre cohérent : se concentrer sur la durabilité des bénéfices, l’avantage concurrentiel et l’allocation disciplinée du capital ; gérer le risque par l’exposition économique et la taille des positions ; et s’appuyer principalement sur la sélection des titres pour obtenir des résultats à long terme. Dans un marché caractérisé par une résilience structurelle et une compétitivité mondiale, la qualité n’est pas accessoire, elle est intégrée dès la conception.

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