20 euros pour un billet d’avion : est-ce le signe d’un modèle à about de souffle ?

20 euros pour un billet d’avion : est-ce le signe d’un modèle à about de souffle ?

8 septembre 2021

Aujourd’hui, il est courant de pouvoir trouver des billets d’avion à moins de 25 €. D’ailleurs, nombre de sites web propose d’innombrables astuces pour les dénicher, savoir quand les commander, quelle compagnie est la moins chère pour telle ou telle destination… Si le consommateur fait ainsi de très bonnes affaires, il est intéressant de se poser la question si ce modèle économique peut tenir dans le temps en offrant toujours des conditions dégradantes et un salaire de misères à son personnel et à ses sous-traitants ?

Comment s’établit le prix d’un billet d’avion ?

Le tarif d’un billet est basé sur de multiples indicateurs que nous allons détailler ici. Il y a tout d’abord les coûts fixes et la marge : ceux-ci englobent les salaires mais aussi l’achat et l’entretien des avions, les assurances, le carburant, la publicité et le marketing au sens large. Bien évidemment, se rajoute la marge qui est nécessaire pour que l’entreprise puisse perdurer.

Ensuite on trouve les frais d’émission : ce sont tous les frais qui sont liés à la distribution et la vente des billets. C’est en quelque sorte le coût du circuit de distribution. Il y a également de nombreuses taxes qui s’ajoutent. Par exemple, la taxe XT ou taxe sécurité environnement ; la taxe QW ou QX qui est versée aux aéroports ; la taxe FR qui permet à la direction générale de l’aviation civile de fonctionner et enfin, on trouve la taxe YQ : celle-ci est liée au prix du baril de pétrole et s’ajuste quasiment en permanence.

La démocratisation du transport aérien

Le prix des billets est ajusté en fonction de l’offre de la demande : s’il y a peu de voyageurs, par exemple en milieu de semaine et en dehors des vacances scolaires, les prix seront particulièrement bas. Par ailleurs, il existe également une très forte concurrence sur certaines destinations comme par exemple Barcelone : en 1990, 1,7 million de touristes profitaient des atouts de cette belle destination tandis qu’aujourd’hui ils sont… 30 millions (hors période COVID).

Il est évident que les compagnies à bas prix ont favorisé un tourisme de masse en démocratisant le transport aérien pour toutes les couches de la société. Ryanair a par exemple mis en vente des billets à 5 € en septembre dernier… L’institut NFO Infratest indique pour sa part que si ce type de billet à très bas prix n’existait pas, presque 60% des voyageurs resteraient chez eux ou choisiraient un autre type de transport. De quoi nous faire réfléchir.

Des conditions de travail dégradées

Il est évident que proposer de tels tarifs impose des conditions de travail dégradées à l’ensemble du personnel. Ainsi, depuis de nombreuses années, les hôtesses et les stewards employé·e·s par Ryanair sont d’abord recruté·e·s et engagé·e·s par des sociétés sous-traitantes travaillant uniquement pour la compagnie irlandaise.  D’ailleurs, la cour de justice de l’Union Européenne vient de sévèrement rappeler à l’ordre Ryanair pour ces multiples manquements aux règles légales de fonctionnement.

Par ailleurs, alors que les pilotes sont habituellement des salariés d’une compagnie, chez Ryanair, il s’agit majoritairement d’indépendants et on estime à près de 70 % des pilotes employés par Ryanair et qui seraient dans ce cas. Source d’économie importante pour la compagnie, le statut d’indépendant précarise et fragilise les pilotes dans leurs relations avec l’entreprise et dans la gestion de leur temps de travail.

L’exemple des pilotes est juste un cas parmi tant d’autres mais c’est tout le « modèle économique Ryanair » qui doit être remis en question car celui-ci se concentre sur l’essentiel : vous transporter en toute sécurité d’un lieu à un autre. Et tout ce qui n’est pas nécessaire à la sécurité du vol n’est pas inclus dans le tarif, mais uniquement en option – ou complètement supprimé. C’est un modèle qui répond aux attentes fortes des clients qui souhaitent avoir le choix d’optimiser leurs budgets.

La montée de la grogne

Seulement, depuis quelque temps, en Irlande, en Suède, en Belgique, en Espagne, en Allemagne, partout en Europe la rébellion monte chez Ryanair. Face au bénéfice mirobolant de la compagnie, les salariés voudraient aussi toucher leur part du gâteau. Et ce malaise dans l’entreprise est certainement le signe d’un modèle économique à bout de souffle car ces revendications, si elles devaient être totalement satisfaites, pourraient menacer sérieusement le modèle économique du groupe (et même au-delà). En effet, si le droit irlandais est abandonné, la compagnie devra s’acquitter de taxes et de charges sociales beaucoup plus élevées. Dans ces conditions, la politique des coûts bas, fondement de l’orthodoxie low cost, s’en ressentirait.

Par ailleurs, la mentalité a lentement changé au sein du personnel avec la montée en puissance d’autres pays sur la scène aérienne. Le ciel est devenu de plus en plus embouteillé par des compagnies chinoises ou du Moyen-Orient qui offrent aux pilotes mécontents d’autres horizons. Hier encore, ils avaient peur de se plaindre et de protester mais aujourd’hui, la situation du marché joue en leur faveur. La peur change ainsi de visage. On espère qu’avec la pandémie du COVID qui a fortement bouleversé le secteur aérien, on verra naitre un modele économique low cost hybride.

Retrouvez l’ensemble de nos articles Business ici

Recommandé pour vous

A la Une
Quel avenir sans Gulf Stream ?
Deux études parues cette année dans la renommée revue scientifique Nature ont ra…
A la Une
Redistribution des richesses : et si l’exemple venait de la Chine
Aussi incroyable que cela puisse paraitre, la chine semble en passe de devenir u…
A la Une
Neutralité carbone : l’objectif de la Chine d’ici 2030 et 2060
Photos © Reyl Par Daryl Liew, CIO chez Reyl Singapore  Le président Xi Jinping a…
A la Une
Toxicité des dirigeants: un fléau en pleine expansion
La vie au travail est de plus en plus confrontée à la présence de leaderships to…
A la Une
Travailler quatre jours par semaine, payé cinq : pourquoi doit-on l’envisager ?
C’est une entreprise de Nouvelle-Zélande qui a lancé un pavé dans la mare …
A la Une
Et si on osait enfin se faire plaisir professionnellement
Il y a encore 50 ans, dès la fin de nos études on signait un contrat d’embauche …